Écolo mais pas dépressif !

La prise de conscience écologique peut conduire à différents troubles psychologiques. Heureusement, il existe de nombreux outils pour être écolo sans sombrer dans la dépression…

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"Entrer" en écologie n'est pas un parcours de tout repos ! Se mettre en face des maux du monde n'est pas exempt de répercussions parfois compliquées à vivre sur le plan psychologique.
"J’en ai pleuré, des espèces disparues, des paysages amochés, des pollutions chimiques, des petits accidents nucléaires et même des humains pris dans l’œil de dizaines de cyclones", témoigne Laure Noualhat, journaliste à Libération pendant 15 ans. "J’en ai parcouru, des sites dévastés, de Fukushima à Hiroshima en passant par des rivages ravagés, des banquises fondues, des forêts primaires écartelées."*

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Éco-anxiété, solastalgie, psycoterratie, écoagnosie

Les psys ont inventé plusieurs mots pour rendre compte du phénomène :
- l'éco-anxiété est la forte appréhension des dangers qui pèsent sur la planète (changements climatiques et dégradations environnementales) ;
- la solastalgie est le malaise déclenché par une expérience directe de destruction de l’environnement ;
- la psycoterratie exprime la tristesse d’être déconnecté et éloigné de la nature ;
- l'écoagnosie est l'indifférence à l'écologie due à une amnésie environnementale.

L’éco-anxiété n’est pas encore répertoriée officiellement mais ses symptômes sont bien connus des psys : insomnie, dépression accompagnés d'un sentiment de colère, de tristesse, d'impuissance, parfois de honte...
"Cette angoisse face à la dégradation de l’environnement est décuplée par l’indifférence, la schizophrénie, le manque de décisions politiques à la hauteur de l’enjeu"*, regrette Laure Noualhat.

De bonnes raisons
La liste est longue des bonnes raisons qu'un ou une écologiste peut avoir de ressentir de l'anxiété pour le futur de notre civilisation industrielle. Cette dernière est à bout de souffle : pénurie de ressources, climat détraqué, biodiversité en danger, pollutions persistantes, économie sous intraveineuse... Laure Noualhat constate que l’hypothèse d’un effondrement de cette civilisation est évoquée par une communauté croissante d’auteurs, d’institutions, d’ONG et de scientifiques, en passant par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) ou les banques d’affaires.

De plus en plus de gens concernés
Comme l’environnement est devenu la première préoccupation des Français (80 % chez les plus de 65 ans et 93 % chez les 18-24 ans, selon un sondage IFOP de 2019), le burn-out bio ne guette pas seulement les spécialistes de la question mais un nombre de gens de plus en plus important.
"Les trois quarts des 18-24 ans développent une angoisse galopante quand ils imaginent demain"*, révèle un sondage Huffington Post.

Un processus de deuil
Le parcours pour se poser en adulte face aux problèmes environnementaux ressemble, selon Laure Noualhat, au processus de deuil décrit par Elisabeth Kübler-Ross. Ce dernier comporte cinq phases, plus ou moins communes à tout individu : "la sidération — ou la grosse claque dans la figure — quand tombe la (mauvaise) nouvelle ; le déni, car l’idée de la catastrophe est inenvisageable ; le marchandage, puisque l’esprit résiste et ne veut pas croire ce qu’il sait ; un festival d’émotions telles que la colère, la tristesse, la douleur et l’impuissance, toutes annonciatrices d’une bonne dépression ; l’acceptation"*.
Pas facile d'accepter la finitude et l'imperfection (voir : Cinq étapes pour cultiver son adulte intérieur) !

Accueillir les émotions
Face à ces émotions, il est inutile d'essayer de résister.
"L’émotion, quelle qu’elle soit, nous traverse, elle a un début et une fin, un chemin à parcourir en nous, et nous n’avons qu’à nous laisser faire", affirme Laure Noualhat. "L’accueillir est paradoxalement l’antidote numéro un à l’éco-anxiété. La considérer et la nettoyer font partie d’une hygiène élémentaire, sinon gare au retour de boomerang."*
(Voir : Laisser faire nos émotions)

Ces émotions, une fois reconnues et identifiées, pourraient alors servir de moteur à l'action, à condition de se fixer des objectifs atteignables et raisonnables !

Signe d'intelligence
Et si l'on tombe en dépression, il ne faut pas en avoir honte. "Tous les praticiens reconnaissent qu’aller fort bien dans un monde qui ne tourne pas rond signe la vraie maladie, tandis que souffrir de ce qui se passe est très bon signe !"*
L’éco-anxiété (voir encadré) serait donc un signe d’intelligence, de lucidité, de bonne santé psychique : il faut avoir du courage pour regarder les choses en face ! Les écolos dépressifs devraient même être considérés comme les vigies d'une société malade qui ne seraient pas "à soigner, à conspuer, mais à écouter, car ils nous alertent d’un danger imminent"*.

Il serait possible que la dépression annonce des jours meilleurs.
"Elle est même salvatrice", rassure Laure Noualhat, "à la seule condition d’être vécue comme une étape, d’être accueillie telle qu’elle est, le temps qu’elle durera."*

Un retour sur soi
L'éco-anxiété peut faire écho à des traumatismes personnels anciens qui risquent d’être réactivés. Il n'est donc pas inutile de faire un retour sur soi et de faire le tri.

Et si l'on vivait cela comme une opportunité ? Laure Noualhat cite Pascale Canobbio, nonne bouddhiste zen : "La perspective de l’effondrement nous donne une chance de retourner vers le lieu le plus proche et le plus raisonnable, c’est-à-dire nous-mêmes, ici dans notre corps et maintenant dans l’instant présent. Quelque chose de notre intuition, encore vivant, nous dit d’y aller, car il s’y trouve de l’infini. (…) Ainsi, il est temps de changer de regard sur les choses pour les regarder telles qu’elles sont."*
(Voir : À la rencontre de l'instant présent)

Mille et une façons de faire face
Laure Noualhat témoigne de son propre parcours et des mille et une façons efficaces de faire face à l'éco-anxiété : groupes de parole, thérapie, méditation (voir : Contre la dépression, la méditation), connexion à la nature… Il est vital, selon elle, d'apprendre à lâcher prise, de s’enraciner dans la gratitude, de s'émerveiller devant la beauté du monde et de l'art, d'inventer, d'agir, d'innover et… de rire.
"L’humour est plus sage qu’il n’y paraît : il marque les limites de nos espérances, se moque de nos déceptions ; avec lui, on assouplit la douleur, on conjure ses terreurs, on se rit de tout."*

En harmonie avec soi-même, les autres et la planète
Comme le conseille Satish Kumar, auteur et militant de la simplicité volontaire, nous devrions nous reposer sur un tabouret à trois pieds : Soil, Soul, Society (la terre, l’âme, la société).
"Prendre soin de la terre, c’est prendre soin de son âme ; prendre soin de son âme, c’est se donner les moyens de s’engager de manière juste en politique, et ainsi de militer en retour pour une société favorisant la vie de l’âme et la préservation de la nature"*.

 

Sources :
*Comment rester écolo sans finir dépressif, Laure Noualhat, éditions Tana
Changement climatique, éco-anxiété


                

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