Économie de partage : de l'échange et du lien

Une autre manière de consommer qui privilégie l'entraide, prolonge la durée de vie des objets et permet de réaliser de sérieuses économies… Certains parlent même d'un changement de civilisation.

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Nous y sommes. Elle est présente partout. Lorsque nous prenons un vélo ou une voiture en libre service, que nous faisons du covoiturage, du coworking, du don, du troc, que nous utilisons des jardins ou des ateliers partagés, que nous consultons un article sur Wikipédia, que nous téléchargeons un logiciel en open source, que nous contribuons à un financement participatif… Nous sommes dans l'économie collaborative.

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MyTroc.fr : comment ça marche ?

MyTroc.fr est un site qui met en relation des particuliers pour troquer des biens, des services, des prêts. Les échanges sont facilités par une monnaie complémentaire, collaborative : les noisettes.

"Il y a trois façons de troquer sur le site : contre des noisettes, contre quelque chose avec ou sans complément de noisettes. Les membres doivent se sentir libres dans leur façon de troquer", explique Floriane Addad.

Pour pouvoir troquer il faut ouvrir un compte, l'inscription est gratuite.
"Quand on dépose sa première annonce on a 20 noisettes offertes. Tous les 5 trocs ou quand on parraine quelqu'un, on a 5 noisettes offertes. On peut gagner régulièrement des noisettes lors de concours sur Facebook, "le troc coup de cœur de la semaine" ou "le troqueur de la semaine", celui qui a troqué le plus."

Aujourd'hui le site compte 6 500 membres et plus de 4 700 annonces en ligne.

L'équipe fonctionne de manière bénévole depuis plusieurs mois. Elle est en train de conclure des partenariats avec des mairies et des entreprises qui paieront une cotisation pour avoir une page personnalisée donnant accès à leurs services collaboratifs (liens associatifs, jardins partagés, covoiturage…). 10 % des bénéfices seront reversés aux associations écologiques partenaires.

L'ère coopérative
Depuis plusieurs années, certains économistes, comme Jérémy Rifkin, annoncent l'avènement d'une nouvelle révolution industrielle. Selon lui, nous entrons dans un mode de vie coopératif. "La troisième révolution industrielle est, indissociablement, la dernière phase de la grande saga industrielle et la première de l'ère coopérative émergente. (…) L'ère coopérative privilégie le jeu créatif, l'interactivité pair à pair, le capital social, la participation à des communaux ouvert et l'accès à des réseaux mondiaux."*

Mais tout n'est pas rose au royaume de l'économie collaborative. Et notamment à l'occasion du conflit entre Uber et les taxis, on a pris conscience que les systèmes avaient des finalités et des structures très différentes. Ce qui a amené certains observateurs à faire la distinction entre économie collaborative et économie de partage**.

Collaborative ou de partage
La chambre louée sur AirBnB ou la voiture du conducteur d'Uber appartient à son propriétaire et sur le prix de la location une commission significative est versée à la plate-forme de réservation. Cette dernière n'est pas une propriété collective et possède une structure pyramidale : elle accrédite une multitude de collaborateurs sans lien particulier les uns avec les autres. Et ces derniers ont un statut précaire sans lien salarial.

Le schéma n'est pas le même dans le cadre du covoiturage ou de l'utilisation d'un logiciel en open source. Dans ce cas, il y a une création de biens collectifs qui s'appuie sur des communautés composées de membres à égalité de pouvoir dans une structure horizontale. On voit que l'éthique diffère sensiblement d'un modèle à l'autre***.

"L'économie de partage, c'est de l'entraide", explique Floriane Addad, co-fondatrice de MyTroc.fr. "En plus, on économise de l'argent et on évite la surconsommation. Je pense que c'est une des solutions d'avenir. Les gens ne font plus confiance aux systèmes bancaire et monétaire qui sont rigides, fragiles, injustes."

Troquer tout
Un soir, en regardant le JT, Floriane Addad a vu une maman qui troquait du baby-sitting avec d'autres parents. Et ça marchait très bien. "Je me suis dit qu'il fallait généraliser ça : on peut tout se prêter, tout s'échanger."

Sur MyTroc.fr, le site qu'elle a créé en novembre 2015 (voir encadré) avec Célia Dulac et un développeur, Judicaël Decriem, on troque de tout. C'est un véritable inventaire à la Prévert : des vêtements, des livres, des services (bricolage, couture, ménage, promenade de chiens, garde d'animaux…), des plantes, des boutures et des graines, des week-ends dans des écogîtes, des billets de spectacles, des tickets pour monter sur la Tour Eiffel, des appareils photo, des ordinateurs, de l'alimentation (topinambours, tomates…), du covoiturage, de la recherche de partenaire (pour faire du squash, du footing…)…

"Il y a un écrivain qui propose d'écrire des poèmes sur mesure. Pour la Saint-Valentin quelqu'un lui en a commandé un pour sa copine. La copine a été ravie, elle en a même pleuré", raconte Floriane Addad. "Il y a aussi une femme qui est handicapée et qui troque plein de choses, comme par exemple des pots de confitures, contre de l'aide dans plusieurs domaines. Quelqu'un vient régulièrement lui faire du ménage, elles sont devenues amies."

Inventer un monde meilleur
Un peu différents dans leur fonctionnement, d'autres sites développent le troc comme par exemple Mutum qui ne fait que du prêt, Mon petit voisinage qui est un réseau social de proximité, Graines de troc, une autre façon de s'échanger graines et savoir-faire.

Tous ont en commun de s'inscrire dans l'économie de partage et de prendre chacun leur part pour tenter d'inventer un monde meilleur.

 

Sources complémentaires :
*La troisième révolution industrielle, Jérémy Rifkin, éditions Les Liens qui Libèrent
** Michel Bauwens : "Uber et Airbnb n’ont rien à voir avec l’économie de partage"
***Les Échos : Économie de partage, sociale ou collaborative : attention à la confusion
Alternatives économiques : L'économie du partage, levier de la transition écologique ?


                

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