Édito de Franck Arguillère

Il est réconfortant d'entendre parfois dans les grands médias des propos sensés sur les médecines alternatives et complémentaires (MAC). C'était le cas le 9 septembre dernier sur France-Inter dans l'émission "Le téléphone sonne". Sujet du jour : "Médecines douces/médecines dures : placebo contre chimie ?". En introduction Nicolas Demorand évoque une "querelle théologique" et constate avec lucidité que "les patients s'en emparent et font une part de plus en plus grande aux autres médecines, semblant y trouver quelque chose que la médecine classique n'apporte pas ou n'apporte plus". Pour une fois les MAC sont représentées et ont même des porte-paroles de qualité en la personne de Philippe Sterlingot, président du syndicat français des ostéopathes, et surtout de Christophe André, psychiatre et spécialiste de la méditation de pleine conscience.

Michel Cymes, médecin et présentateur TV connu du grand public, montre une certaine ouverture vis-à-vis des médecines complémentaires. Il les défend même vivement dans les soins de support en cancérologie. Il déclare avoir évolué et être passé d'un "scepticisme agressif" à un "scepticisme bienveillant".
Dont acte. Mais apparemment le scepticisme est encore bien présent. Michel Cymes reconnaît aux MAC l'efficacité de l'effet relationnel ou de l'effet placebo. C'est le minimum syndical également affiché par les autorités médicales en France. Le souci est qu'on sent une certaine condescendance dans le verdict, compte tenu de la confusion qui existe dans beaucoup d'esprits entre l'effet placebo et l'effet psychologique. De manière sous-jacente, on semble suggérer que les patients seraient des gogos crédules facilement abusés par des bonnes paroles et des soins qui relèveraient de la pensée magique. Au passage, les allopathes sont prompts à oublier l'importance de l'effet placebo dans leur propre discipline : les études réalisées sur les médicaments avant leur autorisation de mise sur le marché révèlent qu'environ un tiers des patients des groupes témoins sont guéris par les pilules ne contenant pas de principe actif. Vous-mêmes quand vous prenez de l'aspirine ou du doliprane pour un mal de tête, vous êtes soulagés au bout de cinq minutes. Or la molécule n'arrive dans votre sang qu'une demie heure plus tard. Vous bénéficiez donc de l'effet placebo. Et c'est tant mieux.

Christophe André, qui revendique une approche scientifique de médecin, est également persuadé de l'importance de l'effet placebo. Mais on ne sent aucune nuance de mépris dans son propos. Il met en avant la puissance de l'esprit dans le phénomène d'autoguérison. D'où l'efficacité des techniques méditatives. D'où également l'importance pour le patient d'adhérer et de s'engager dans les soins qui lui sont proposés, afin de prendre en charge sa guérison.
Il n'y a pas une virgule à changer à cette approche. Mais l'effet placebo ne fait pas tout. En tous cas pas toujours. Et, de la même manière qu'il y a heureusement des principes actifs dans les médicaments allopathiques, il y a également des mécanismes actifs à l'œuvre dans les MAC. Lorsque je suis plié en deux par un lumbago, que je vais chez mon ostéopathe ou mon acupuncteur et que j'en ressors en marchant normalement, il est évident que ce n'est pas l'effet placebo qui a fait tout le boulot.

Certes, les mécanismes qui sont à l'oeuvre dans les techniques manuelles sont plus faciles à cerner que ceux des techniques énergétiques ou de l'homéopathie. Et la question de la validation scientifique de ces derniers a un intérêt certain. Mais il ne faut pas oublier qu'avant d'être validés scientifiquement, la méditation, le yoga ou le Taiji Quan ont été longtemps considérés comme des disciplines de mystiques ou de hippies. La science a encore de vastes champs d'études et progresse à son rythme. On n'a pas encore trouvé les mécanismes de fonctionnement de l'homéopathie, cela ne veut pas dire qu'on ne les trouvera pas demain.
En attendant, nous autres patients, nous "donnons sa chance au produit", comme le dit l'expression familière. Nous continuons tranquillement à utiliser (avec prudence) les pratiques qui ont fait leur preuve depuis des siècles ou des millénaires, qui nous font du bien et qui n'ont pas d'effets secondaires indésirables. Nous nous réjouissons de leur efficacité, quelle que soit la part de l'effet placebo dans la guérison.

Michel Cymes a fait un bout du chemin en passant du scepticisme agressif au scepticisme bienveillant. On espère maintenant qu'il passera, comme nous, au stade suivant : la neutralité bienveillante. C'est l'attitude ouverte et curieuse qui est celle du scientifique et que nous attendons de nos médecins. Ces médecins dont nous avons le plus grand besoin.

La revue de presse

Prudence ! Il est techniquement possible de développer et produire un vaccin contre le Covid...

"Des pistes de recherche intéressantes" mais la plante "ne constitue pas pour...

Migraines, baisse de libido, sécheresse vaginale, dépression, risque d’embolie...

La défense du laboratoire Servier a tenté de démontrer l’absence de...

Sortir de l'eau, retirer avec précaution les fragments de tentacules restant sur la peau...

Des fruits pour commencer, puis des œufs et/ou des céréales complètes (...