Édito de Franck Arguillère

La science médicale s'est donnée en spectacle depuis quelques mois devant les Français, à l'occasion de la crise du Covid-19. Le moins qu'on puisse dire est que le résultat n'est pas à son avantage. À quelques semaines d'intervalle, parfois à quelques jours, les experts se sont succédés dans les médias pour dire une chose et son contraire sur la dangerosité de la maladie, l'utilité du port du masque, la fiabilité des tests, l'immunité des personnes ayant été touchées, le degré de contagiosité des enfants, sans parler des multiples rebondissements de la polémique sur l'hydroxychloroquine et des passes d'armes entre les pro et les anti-Raoult… Et ce n'est pas fini : il est bien hasardeux de fonder une stratégie de santé publique sur l'arrivée d'un vaccin attendu comme le messie ! Il n'y a aucune certitude que ce vaccin existe un jour : on n'a jamais trouvé de vaccin contre les coronavirus du rhume ou contre le sida. Et s'il existe, il n'y a aucune certitude sur son efficacité : il pourra être aussi peu performant que le vaccin contre la grippe.

Dans son adresse au Français du 12 mars dernier, le Président de la République avait déclaré : "Un principe nous guide pour définir nos actions, il nous guide depuis le début pour anticiper cette crise puis pour la gérer depuis plusieurs semaines et il doit continuer de le faire : c'est la confiance dans la science. C'est d'écouter celles et ceux qui savent."
Problème : nous nous sommes rendus compte que "celles et ceux qui savent" en réalité ne savaient pas grand chose. La raison en est simple : "la science", ça n'existe pas. Il y a des avis scientifiques, ils divergent souvent, ils font l'objet de controverses, ils mettent du temps avant de converger et former consensus. Et ce consensus pourra être entièrement remis en cause quelques années plus tard.

Cela n'est pas grave au demeurant. C'est même toute la noblesse de la science d'être multiforme, de savoir se construire et se transformer en permanence. Ce virus n'est apparu que depuis quelques mois. Comment voulez-vous que l'on soit capable de sortir d'un chapeau des solutions miracles ? Mais autant il n'est pas grave de dire qu'on ne sait pas, autant il est grave de faire croire qu'on sait et de nier qu'on s'est trompé. Le manque de doute est assassin.
Pendant la période que nous venons de vivre, ce ne sont pas les tâtonnements qui ont posé problème mais l'arrogance avec laquelle les hypothèses ont été assénées comme des certitudes pour être, peu de temps après, retournées à 180°.

La démarche scientifique n'est pas opérationnelle dans le temps court. Elle a besoin de la durée pour effectuer les études et les démonstrations nécessaires. On a vu sur le changement climatique qu'il a fallu plusieurs années pour dégager un consensus qui réunisse environ 90 % des experts.
Or le médecin est dans le temps court. Il est même souvent dans l'urgence. Il doit soigner, sauver des vies. Il est forcément pragmatique et va utiliser tout ce qu'il a sous la main pour expérimenter ce qui pourrait marcher. Quitte à tester des produits indiqués pour d'autres pathologies. Quitte à faire appel à des disciplines alternatives pour la seule raison qu'elles fonctionnent quand la science ne sait pas (encore) pourquoi. Il appelle le coupeur de feu au chevet du grand brûlé sans se préoccuper des catéchismes académiques.
Le chercheur, lui, est dans le temps long. Il met en place une méthodologie exigeante qui met du temps à aboutir et qui nécessite toujours des études complémentaires. Le chercheur n'en a jamais fini.

L'addition de ces approches constitue une grande richesse. Mais le système dysfonctionne quand certains acteurs sont persuadés d'en savoir plus que les autres et se trouvent ainsi fondés à les excommunier, généralement en tentant de les discréditer sur le plan personnel. C'est là que la science bascule dans la religion et devient ce qu'on appelle le "scientisme". En filigrane, viennent s'ajouter les guéguerres d'égos et de clans, ainsi que les conflits d'intérêts.

Le public aura jugé sévèrement les pseudo-sachants qui, en énonçant des vérités définitives, se sont comportés comme les Diafoirus de Molière. Il ne faudra pas s'étonner que la confiance déjà ébranlée vis-à-vis de la médecine conventionnelle sorte encore plus fragilisée par cet épisode désastreux.

Commentaires

Relire Etienne de la Boétie

Le problème me parait plus général et ne touche pas seulement la science, la médecine.
Depuis bientôt un siècle, le discours dominant, néolibéraliste pour ne pas le nommer, s'appuie sur les experts, les sachants pour éduquer les masses réputées ignorantes en présentant un cap, une direction non négociable. Sauf que des publics apparaissent, le consentement des masses devient de plus en plus incertain. Le Covid-19 fait apparaître les failles dans le discours dominant. Les erreurs ne sont pas assumées: pourquoi stocker préventivement des masques, des respirateurs dont les soignants ont manqués puisque nous étions dans une société sophistiquée si éloignée et coupée de la nature (du sauvage) que rien ne pouvait nous atteindre. Le loi du flux continu et de l'accélération ayant depuis bien longtemps remplacée la sage thésaurisation des anciens.
La science est dépendante en grande partie des fonds qu'elle obtient vaille que vaille. La médecine n'a jamais été une science exacte (comme l'économie d'ailleurs).
Nous avons assisté factuellement à un combat entre une médecine de l'écoute, proche du patient et une médecine prédictive qui s'appuie sur le big data pour dégager une vérité avec tous les risques que cela comporte car trop déconnectée du Vivant.
Plus grave est l'utilisation de la situation par le pouvoir en place pour accentuer notre marche vers une servitude volontaire (tracking, distanciation sociale imposée, télétravail).

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