Comprendre les expériences de mort imminente (EMI)

4 % d'entre nous en auraient vécu une. Aussi fascinantes que dérangeantes, les EMI font (encore trop rarement) l'objet d'une approche scientifique…

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Les EMI (expériences de mort imminente) sont des expériences subjectives vécues et racontées majoritairement par des personnes au seuil de la mort. Le sujet est controversé car il pose indirectement la question de la vie après la mort et entre en résonance avec certaines croyances religieuses. C'est la raison pour laquelle l'approche scientifique la plus rigoureuse s'impose.

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EMI : l'échelle de Greyson

"Les EMI (Expériences de Mort Imminente) sont des événements psychologiques profonds comportant des éléments transcendantaux et mystiques et survenant généralement chez des individus proches de la mort ou dans des situations de danger physique ou émotionnel intense"*, définit Bruce Greyson, psychiatre américain.

Il établit ainsi une échelle de 16 éléments (cotés de 0 à 2). L'EMI est caractérisé en cas de score supérieur ou égal à 7/32.
- Perception du temps altérée : absence totale de perception du temps ou perception accélérée.
- Pensées accélérées : sensation d'avoir l'esprit libéré, plus performant.
- Revue de vie : comme sur un écran de cinéma, vision de l'ensemble de sa vie ou des quelques évènements.
- Sensation de tout comprendre : sentiment de grande lucidité voire de connaissance étendue du monde.
- Sensation de paix, de bien-être : commune à presque toutes les EMI
- Sensation de joie : prolongement de la précédente mais moins fréquente.
- Sensation de communion, d'harmonie avec le monde extérieur.
- Sensations plus intenses que d'habitude.
- Vision d'une lumière brillante : fréquemment décrite, provenant soit d'un endroit précis soit de partout, souvent ressentie comme attirante.
- Sensation de détachement du corps : absence de perception du corps physique ou vision de ce corps depuis un point de vue extérieur.
- Vision d'éléments réels se déroulant à distance : peu fréquente.
- Vision de son propre avenir ou de celui de ses proches : peu fréquente également.
- Entrée dans un monde inconnu : pouvant prendre la forme de paysages existants ou non et décrit souvent comme magnifique.
- Perception d'une présence, d'une voix, d'un être mystique établissant une communication par télépathie.
- Rencontre avec des religieux et/ou des personnes décédées.
- Perception d'une barrière à ne pas franchir, d'un point de non retour : concerne près d'une personne sur deux et ces personnes n'éprouvent généralement pas l'envie de revenir. 

Une thèse de médecine
C'est dans cet esprit que François Lallier, aujourd'hui médecin généraliste et chef de clinique universitaire, après avoir étudié le dossier de près de 300 patients, a interrogé et analysé le cas de 27 personnes ayant vécu une EMI. Il en a fait sa thèse à la faculté de Reims en 2014 puis un livre publié en septembre 2018*.

Depuis l'Antiquité
Dans l'Histoire, les premières descriptions écrites qu'il relève remontent à Platon et à l'Antiquité. Il mentionne, à la Renaissance, les "Visions de l'au-delà" du peintre néerlandais Jérôme Bosch comme "la première représentation artistique d'une EMI"*.

Des études scientifiques
La recherche scientifique sur les EMI débute dans les années 1970 avec les travaux de Raymond Moody, médecin psychiatre et diplômé de philosophie. Aujourd'hui, les éléments les plus avancés, selon François Lallier, sont ceux qui ont été caractérisés en 2003 par Bruce Greyson et qui ont été à l'origine d'une échelle qui porte son nom (voir encadré).

Certains éléments identifiés par Raymond Moody ne figurent pas dans l'échelle de Greyson mais ont leur importance : la caractère ineffable de l'expérience, le retour conscient dans le corps physique, la perception d'un tunnel, d'un environnement sombre.

Pas de modèle préétabli
L'étude des EMI se fait par le récit que les "expérienceurs" en font. On constate que ces récits ne se déroulent jamais de la même manière mais que certains éléments reviennent plus fréquemment que d'autres, selon les études. Il n'existerait donc pas de modèle universel. Le milieu socioculturel ainsi que le genre pourrait avoir une influence déterminante.

4 % des Français ?
"Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les EMI sont relativement fréquentes. Elles le sont d'autant plus chez les personnes qui frôlent la mort"*, affirme François Lallier. Elles concerneraient près de 15 % des arrêts cardiaques. Elles toucheraient plutôt les personnes jeunes, notamment les enfants, et en majorité des femmes. En France, 4 % de la population auraient vécu une EMI. Mais ce chiffre pourrait être largement sous-estimé car très peu d'expérienceurs osent en parler à un médecin.

Des EMI partagées
Les cas d'EMI dites "partagées" sont également assez fréquents. Il arrive en effet que le phénomène se propage à des personnes simplement présentes aux côtés d'un expérienceur. Ces personnes ne sont pas elles-mêmes en danger de mort et ne sont atteintes d'aucun trouble ni maladie. Leur EMI serait liée au décès de leur proche.

Les témoignages d'EMI partagées conduisent François Lallier à considérer que chacun d'entre nous vivrait systématiquement une EMI au moment de son décès.

Liées aux religions ?
Il serait tentant de lier les EMI à la croyance religieuse mais leur étude approfondie semble démentir cette hypothèse. Ces expériences ne sont pas plus fréquentes chez les croyants que chez les non-croyants. Par ailleurs, à l'issue d'une EMI, "les expérienceurs se disent moins liés à une religion et leur fréquentation des lieux de culte diminue"*.
François Lallier avance l'hypothèse que, dans l'Histoire, ce serait plutôt les EMI qui auraient été à l'origine des religions plutôt que l'inverse.

Meilleure compréhension de la vie
Les répercussions des EMI ont fait l'objet d'une étude réalisée par Pim van Lommel, cardiologue néerlandais. Après un arrêt cardiaque, par rapport aux personnes n'ayant pas vécu d'EMI, celles qui en ont vécu une deviennent "moins matérialistes, moins attachées à l'argent ou à leurs préoccupations antérieures"*.
Elles ont moins peur de la mort, manifestent plus leurs émotions, montrent plus d'amour et d'empathie. Elles disent avoir une meilleure compréhension d'eux-mêmes et du but de la vie. Elles se tournent davantage vers la nature et sont plus attentives aux "petites choses". Elles prennent de la distance avec leur appartenance religieuse mais voient en revanche leur spiritualité renforcée.

Des transformations importantes
L'EMI serait capable d'engendrer des transformations importantes sur la personne : guérisons facilitées voire spontanées, transformations psychiques importantes. Mais les conséquences peuvent être parfois négatives : syndrome de stress post-traumatique, dépressions, divorces…

Après une EMI certaines personnes rapportent avoir développé des capacités insoupçonnées : télépathie, hyper-intuition, précognition, décorporation… L'émergence de ces dons peut contribuer à l'apparition d'une dépression ou mener à la rupture au sein d'un couple à cause du sentiment d'incompréhension de la part du conjoint.

"Des études viendront probablement nous éclairer à ce sujet dans les prochaines décennies. En attendant, il convient de toujours garder un esprit critique et scientifique car, dans ce domaine, les impostures peuvent être nombreuses", précise François Lallier.

Des hypothèses chimiques
Beaucoup d'hypothèses médicales ont été avancées pour tenter d'expliquer les EMI :
- hypoxie (baisse du taux d'oxygène dans le sang) ;
- hypercapnie (augmentation du taux de dioxyde de carbone dans le sang) ;
- production naturelle par le corps d'une dose importante de DMT (diméthyltryptamine), une substance psychotrope ;
- blocage des récepteurs NMDA (N-Methyl-D-Asparate), intervenant dans l'échange d'informations entre neurones, par une molécule présente naturellement dans l'organisme ;
- forte sécrétion d'endorphines ;
- anomalie électrique cérébrale comparable à celle qui est en œuvre lors d'une crise d'épilepsie…

Certaines de ces hypothèses semblent plus plausibles que d'autres. Mais François Lallier considère qu'aucune ne permet d'approcher l'ensemble des caractéristiques des EMI.

Du côté de la physique quantique
Il privilégie un autre type d'explication, du côté de la physique quantique, partant du principe qu'il pourrait exister des processus quantiques dans le cerveau humain.

Le principe d'intrication par exemple, selon lequel des particules peuvent être liées l'une à l'autre sans considération de la distance qui les sépare, pourrait expliquer que des particules de notre cerveau soit liées à d'autres particules situées à l'extérieur de notre corps.

Une conscience extra-cérébrale ?
Selon ce modèle théorique, ces particules formeraient une conscience intuitive extra-cérébrale autonome qui se manifesterait non seulement dans les EMI mais aussi dans d'autres situations comme le yoga ou la méditation.

"L'origine quantique de la conscience fait encore l'objet de nombreux débats au sein même du corpus des physiciens", reconnaît François Lallier. "Mais la théorie d'une conscience extra-cérébrale permettrait d'expliquer la survenue des EMI chez des sujets sains, sans aucune maladie, médicaments ou même facteur déclenchant mettant en jeu le pronostic vital. Pour le moment, elle est aussi la seule théorie permettant d'expliquer les expériences de mort imminente partagées."*

Il cite en conclusion Frédéric van Eeden, psychiatre néerlandais : "Je suis de plus en plus convaincu que le rejet a priori et le refus d'examiner des phénomènes inconnus et inhabituels sont les pires ennemis du progrès scientifique."*

 

Source :
*Le mystère des expériences de mort imminente, Dr François Lallier, éditions Leduc.s


                

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