Confinement : optimiser son rôle de parent

Il serait possible, en famille, d'éviter l'explosion des conflits et de profiter de cette période particulière pour revisiter le rôle du parent et devenir une figure d'attachement "secure".

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Le confinement de la population, décrété dans le cadre de la crise du Covid-19, est une expérience nouvelle qui peut se révéler particulièrement difficile à vivre, dans le huis clos familial (voir : Covid-19, pour un confinement positif). Mais cette expérience peut être aussi une chance de créer une relation parents-enfants plus épanouissante, selon Véronique Salman*, psychanalyste et coach analytique.

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Attachement "secure" et "insecure"

John Bowlby (1907-90) est un psychiatre et psychanalyste britannique célèbre pour avoir développé la Théorie de l'Attachement.
Vers l'âge de deux ans, les enfants commencent à utiliser les figures d'attachement (l'entourage familier) comme base de sécurité, à partir de laquelle ils vont explorer le monde et vers laquelle ils savent qu'ils peuvent retourner.

Les trois piliers de l’attachement "secure"
1) Être dans la bienveillance.
2) Avoir des réponses pédagogiques adaptées : dire "oui" quand c'est possible et "non" quand c'est nécessaire, sans avoir besoin de négocier ou de se justifier.
3) Le faire de manière absolument constante.

Deux grandes logiques d'attachement "insecure"
1) Avoir des réponses imprévisibles : l'enfant tombe sur un parent ambivalent, différent à chaque fois dans ses réactions face à une demande de l’enfant, qui ne sait jamais comment il sera reçu et fini par s’en inquiéter. Ou alors, le parent est très désorganisé, incapable de poser des repères clairs sécurisants. Plus tard, l’Autre est vécu logiquement comme un danger potentiel.
2) Être dans une non-réponse prévisible : à chaque fois que l'enfant demande quelque chose, il obtient un "non" et finit par convenir que cela ne sert plus à rien de demander. Le parent ne devient plus un recours possible. Plus tard, la conséquence est de préférer faire seul, de ne plus considérer la relation à l’autre comme véritablement utile.

Le confinement est une situation contre nature. Qu'est-ce que cela provoque au niveau de la famille ?
Véronique Salman : Nous avons pris l’habitude de confier nos enfants, cinq jours par semaine, à la crèche ou à l’école. Grâce à cette organisation, nous pouvons donc souffler et nous adonner à nos activités. Actuellement, nous sommes donc tous contraints d’apprendre à renoncer à notre organisation antérieure. Or, pendant la sidération de la première semaine de "confinement" (voir : Covid-19, réagir face à sa peur), les parents, et notamment les pères de famille, se sont retrouvés privés de leur liberté d'action. Les femmes ont été effrayées à l'idée que tout leur incombe, en cumul, 24h sur 24. En fait, c’est comme si nous faisions l’aveu que, finalement, nos enfants représentent une charge impossible à supporter au-delà des deux jours habituels que représentent les week-ends. C'est ainsi que de nombreux parents se sont retrouvés écrasés par cette contrainte.

Ça s'est traduit comment ?
V.S. : Alors, j’en ai beaucoup vus qui, en mode réflexe, sont revenus aux bonnes vieilles méthodes autoritaristes pour calmer l’agitation de leur foyer. Et ils se sont mis à crier sur les gosses, certainement par difficulté à gérer leurs frustrations face à une situation totalement inédite. Vous savez, on est souvent parent par instinct, capables même de reproduire quelque chose qui nous a fait souffrir, même si nous l’avons trouvé insupportable de la part nos parents, comme l’abus d’autorité, une certaine forme de violence, un rapport de force hiérarchique ou un dogme éducatif.

Il y a aussi les parents qui ont déployé des trésors d'imagination pour organiser des activités…
V.S. : Effectivement, il y a des parents qui se surinvestissent dans une animation constante des enfants, à leur trouver des jeux, des jouets, à être frénétiques dans cette course à les occuper… Sans doute, par désir inconscient de se faire aimer d'eux ! Ils se sont vite épuisés. En réalité, à tenter de produire continuellement des animations enfantines, non seulement ils risquent le burn-out familial mais aussi d’empêcher les enfants d'apprendre à exploiter seuls leur propre imaginaire. La situation de confinement que nous vivons nous amène à faire des choses absurdes : soit on crie sur les enfants au nom du modèle parental dont on a hérité et que l’on reproduit sans même s’en rendre compte, soit on s’impose à leurs côtés, de manière contre-productive puisque cela assujettit parents et enfants, dans une contrainte et une interdépendance tout à fait néfastes. Tout ça parce que les périmètres de chacun sont abolis.

Est-ce qu'il y a un moyen de faire de cette contrainte du confinement une occasion ?
V.S. : Tout à fait. Nous sommes face à une opportunité historique ! Nous avons la possibilité de profiter de cette période pour repenser la parentalité dans une dimension plus réfléchie qu'auparavant. Cela s'appelle : devenir une figure d'attachement "secure". Le concept a été inventé par John Bowlby, psychiatre et psychanalyste britannique, qui a développé l'idée que le parent représente, pour l’enfant, une figure d'attachement "secure" ou "insecure" (voir encadré), selon la façon dont il se comporte. Les figures d'attachement "insecure" créent une immense anxiété chez l'enfant ou incitent leurs enfants à se détourner d’eux. Dans un attachement dit "secure", où l'enfant est très enrichi affectivement, il développe une véritable autonomie et peut aller sereinement vers toutes les expériences qui l'appellent. Il ira à l'école en souriant, par exemple. Donc, dans le confinement que nous vivons actuellement, il est possible de devenir une figure d'attachement "secure" pour créer une autonomie solide de l'enfant et une relation durablement belle.

Comment peut-on devenir une figure d'attachement "secure" ?
V.S. : Trois critères sont à retenir : bienveillance, réponses pédagogiques adaptées (des "oui" quand c’est possible, des "non" quand c’est nécessaire) et de la constance. Si les parents parviennent à combiner ces trois critères, parents et enfants seront durablement gagnants. C'est un investissement à vie et, surtout, ça prend beaucoup moins d’énergie que de maintenir un rapport de force.

On demande aux parents de s'investir dans le travail scolaire de leurs enfants. Quelles sont les limites de ce nouveau rôle ?
V.S. : L'enjeu est surdimensionné. Les professeurs produisent beaucoup de choses, estimant que cela va occuper les enfants de manière utile. D’ailleurs, les parents en télétravail vivent la même chose, de la part de leurs managers qui les font littéralement crouler sous les tâches. D’où la difficulté : comment incarner à la fois l’Éducation Nationale et les enjeux économiques de son patron, au même moment, dans le même lieu ? C’est impossible. Alors, répartissons les tâches : aux enfants de faire leur métier d’écoliers ou de lycéens, et aux parents le télétravail ! On peut organiser des récréations ensemble et se retrouver après, comme d’habitude. Il y a des parents qui savent très bien le faire parce qu'ils ont pris l'habitude de responsabiliser les enfants sur cette question. Je l’ai mis en pratique avec mes propres enfants et cela a très bien marché. Mais beaucoup de parents vivent mal l’idée de l’échec scolaire hypothétique de leurs enfants, comme si cet échec était le leur. N’exagérons pas ! L'adulte doit donc cesser de croire qu’il est indispensable à la réussite de son enfant, quel que soit son âge.

Faut-il laisser les enfants se débrouiller tout seuls ?
V.S. : Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'intéresser à la scolarité. On peut demander à l'enfant s'il a besoin de quelque chose, d'un accès à l'ordinateur ou d'une aide dans ses recherches, l’assurer de notre soutien… On peut être de bonne volonté mais ne jamais s'investir au point de montrer à l'enfant que, seul, il est inapte. J'ai l'exemple d'une patiente qui faisait les devoirs à la place de sa fille tellement elle avait peur que celle-ci échoue ! Résultat : la fille s'est mise en résistance passive, elle n’a plus rien produit. Les enfants qui résistent ainsi font très peur à leurs parents qui n’ont, en fait, pas compris leur part de responsabilité dans cette stratégie de protection. Ces enfants-là sont simplement en train de dire : "l’école, c'est mon périmètre, j'ai besoin qu'on le respecte". Quand ma patiente l’a compris et qu’elle a lâché du lest, sa fille a obtenu une moyenne de 16/20. Toute seule, sans l’encombrement que représentait sa mère. La scolarité, c'est le domaine de l'enfant. Attention aussi aux enfants qui, "grâce" à leurs défaillances scolaires, maintiennent près d’eux le parent. L’échec, comme alibi à la relation de proximité !

Vous conseillez aux parents de s'investir plutôt dans des activités parascolaires ?
V.S. : Pendant ce confinement, il est possible d’explorer d’autres formes d’intelligence au travers d’activités comme le rangement des livres de la bibliothèque par ordre alphabétique, la cuisine dans ce qu’elle a de très organisé et de savoureux, le jardinage même à petite échelle… Cela permettra aux parents de joindre l’utile à l’agréable et de composer avec les enfants en quête naturelle de découvertes et de nouveaux territoires. La relation parent-enfant n’en sera que renforcée.

Comment peut-on gérer au mieux les conflits au sein de la famille pendant ce huis clos forcé ?
V.S. : Plus on va vers la coopération, plus on facilite la communication interpersonnelle. C'est vrai pour l'acceptation du confinement mais c'est vrai aussi pour le reste. Cela devrait devenir une philosophie de vie. Je préconise une méthode qui résolve les conflits de manière efficace, c'est la Communication Non Violente (CNV), de Marshall Rosenberg. Elle consiste à ne pas être accusateur de l'autre et de ne parler qu'en fonction de ce que l'on ressent soi-même. On dit : le "tu" tue. Donc, on abolit les "tu n’as pas fais ci", "tu devrais faire ça", "tu ne m’écoutes pas", etc. Le principe de la CNV, c'est de parler par étapes : observations, sentiments, besoins, demande. En ce moment, nous vivons les uns sur les autres avec une faible structuration de l'espace. Nous sommes donc dans une zone de confort très réduite. Autant en prendre soin.

 

*Véronique Salman est auteure de La Trilogie inconsciente, la comprendre pour aller mieux, éditions The Book Edition
Site de Véronique Salman

 

 

 

 


                

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