Devenir ami avec soi-même

Critiques, auto-sabotage, injures diverses… Nous sommes capables de bien des mauvais traitements à l'encontre de nous-mêmes. Or nous avons tout à gagner à pacifier cette relation et à devenir notre meilleur ami…

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La psychologie positive nous enseigne que nous avons la faculté de nous faire beaucoup de bien (voir : Contre le stress, la psychologie positive). Il existe de nombreuses méthodes qui peuvent nous y aider. Pierre Portevin*, coach, formateur et conférencier, nous invite à prendre conscience de l'attitude d'hostilité que nous avons couramment envers nous-mêmes et à entreprendre une nouvelle démarche visant à nous auto-apprivoiser.

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L'exercice de la chaise vide

Il s'agit d'une technique de thérapie cognitive et comportementale que Pierre Portevin* pratique avec ses patients.

"Imaginez que je suis votre coach. Vous venez me consulter pour un problème, une situation difficile à propos de laquelle vous ne voyez pas clair sur ce que vous devez faire. Je vais vous inviter à réfléchir à l'un de vos amis proches, réel, en qui vous avez confiance et qui vous semble être de bon conseil pour vous. Appelons-le Marc. Je vais vous poser quelques questions sur Marc pour bien comprendre le profil de la personne. Puis je vais vous demander de vous lever, de faire un tour de quelques mètres et de revenir vous asseoir sur la chaise vide. Quand vous allez vous rasseoir sur cette chaise, vous serez Marc. Je vais m'adresser à vous en tant que Marc, grâce aux questions que je vous aurai posées avant et qui m'auront également permis de vérifier que vous connaissez les réponses à ces questions. Cette introduction permet de vous faire bien rentrer dans le personnage. Je vais vous dire ensuite : "Marc, vous avez entendu toutes les difficultés auxquelles fait face votre ami. Qu'est-ce que vous lui conseilleriez de faire ?" Et vous, sous les traits de Marc, vous allez sortir les cinq actions clés que vous devriez faire. Neuf fois sur dix ça marche. Je vais ensuite vous remercier, vous allez repartir, refaire le tour de quelques mètres, vous rasseoir en tant que vous-même et je vous demanderai alors si vous avez entendu ce que Marc a dit…"

Cet exercice permet de cultiver l'amitié avec soi-même et d'apprendre petit à petit à prendre du recul sans avoir besoin d'un coach.

Nous avons généralement avec nous mêmes des relations assez désagréables, signe d'une estime de soi souvent fragile. À votre avis, cela vient d'où ?
Pierre Portevin : Ce que semble montrer la psychologie évolutive c'est que nous sommes conçus pour regarder ce qui ne va pas bien afin d'anticiper les risques. Parmi ces risques, le rejet social est extrêmement important et une manière de le prendre en compte c'est d'internaliser les critiques éventuelles afin de les éviter…

Toutes les cultures humaines sont elles concernées au même titre ?
P.P. : Les bouddhistes sont, semble-t-il, très étonnés parce que pour eux l'estime de soi est une donnée naturelle. Mais l'Asie n'est pas épargnée par le phénomène quand on voit l'appétit des asiatiques pour la consommation notamment des produits de luxe. Les États-Unis non plus. Il y règne une culture du succès mais, paradoxalement, selon une récente étude, c'est le pays où les chances de réussite sont les plus faibles. Cela expliquerait pourquoi on y bat des records dans la consommation d'opiacées chez les jeunes et l'on trouve un taux de suicides très important chez les hommes.

Au regard de votre expérience de coach, quels sont les principaux obstacles qui empêchent vos clients de se mettre sur le chemin de l'auto-amitié ?
P.P. : En premier lieu l'excès de stress. Il est très difficile de prendre du recul quand on est trop stressé. De plus cela engendre ce que l'approche neurocognitive et comportementale appelle un hypercomportement. Il s'agit d'un comportement destiné à atteindre un certain résultat mais le moyen choisi pour y accéder ne permet pas de le faire.

Pouvez-vous donner des exemples d'hypercomportement ?
P.P. : L'exemple type est Don Juan. La manière qu'il a de séduire en série ne lui apportera jamais ce qu'il attend profondément : une relation intime, durable et profonde qui permet de le révéler tel qu'il est dans sa vulnérabilité. Les gens stressés adoptent souvent des hypercomportements : passer un temps excessif au travail ou sur les réseaux sociaux, faire le ménage, jouer, boire, fumer… Difficile alors de s'arrêter, de réaliser qu'ils sont en train de faire quelque chose qui ne leur convient pas et qu'ils devraient reprendre pied…

C'est là qu'il devient intéressant d'être son meilleur ami…
P.P. : Quand je ne vais pas bien, si j'ai un véritable ami, il est là pour moi. Il m'écoute, il me fait du bien, il m'offre un espace où je peux m'exprimer, où je peux me poser. Et bien la première personne dont on a besoin qu'elle nous comprenne, c'est nous-mêmes.

Lorsqu'on souhaite se mettre dans cette démarche d'auto-amitié, est-ce qu'il suffit de le décider pour que ça marche ?
P.P. : L'important est de passer tout de suite à l'action. On peut, par exemple, définir un premier rituel simple sur lequel on s'engage vraiment. Par exemple, le matin et le soir, prendre une ou deux minutes, pas plus, pour regarder comment on se sent, de quoi on a besoin, ce qui nous ferait du bien, ce qu'on a fait d'intéressant dans la journée… Et peut-être noter tout cela dans un carnet. Avoir un rituel et s'y tenir pendant trois ou quatre semaines, cela installe quelque chose. Cela permet de voir qu'une autre forme de relation à soi est possible. C'est une chose qu'on fait pousser, grandir…

C'est ensuite un travail de longue haleine…
P.P. : C'est le travail d'une vie ! Si vous pensez que manger sainement est important pour vous, est-ce que vous vous dites que manger sainement pendant un mois ça suffit et qu'après c'est fini ? C'est la même chose. Par ailleurs l'amitié avec soi-même se pratique un peu comme on le fait en méditation. Je me concentre sur mon souffle, sur la sensation physique, mais mon esprit a très vite tendance à s'échapper vers une pensée. Je la laisse alors passer et je reviens à mon souffle. Puis cela recommence. Dans la pratique de l'amitié avec soi-même, je recommande le même principe. Je commence à la cultiver puis je vois le critique qui arrive, je le remercie (avec bienveillance, sans critiquer le critique !) et je reviens à une relation plus bienveillante. C'est un aller et retour permanent.

Quelle importance accordez-vous à la lucidité dans la relation d'auto-amitié ?
P.P. : Il est évident qu'un vrai ami n'est pas complaisant. Si je fais quelque chose systématiquement de travers, il va me confronter à cela avec bienveillance et gentillesse mais aussi avec rigueur et lucidité… Mais on peut être lucide avec soi : la plupart du temps, chacun de nous a les réponses en lui et ce sont parfois des nœuds de croyances ou d'émotions qui font qu'on n'accède pas à nos meilleures ressources. C'est ce que nous apprend par exemple l'exercice de la chaise vide (voir encadré).

Dans quels domaines l'auto-amitié a-t-elle un impact positif ?
P.P. : Elle nous aide à voir clair dans nos priorités et nos intentions. Ensuite l'impact est transversal, dans de nombreux domaines. Dans le domaine affectif, cela peut permettre, par exemple, de remettre en cause une relation de couple défaillante, sans forcément rompre la relation mais en exprimant ce qui est important pour la personne et en faisant des demandes plus explicites. Dans le domaine professionnel, cela peut aider à reconsidérer son propre job pour y mettre un sens nouveau, sans forcément devoir le changer.

Ne serait-ce pas également une clé pour les nécessaires adaptations sociétales à venir ?
P.P. : Le monde change de plus en plus vite et il est difficile d'assumer la vitesse de ce changement. Certains métiers vont disparaître ou se voir concurrencés par l'intelligence artificielle et les robots. Pour beaucoup de personnes des bouleversements déstabilisants vont se produire. Lorsque j'ai une meilleure relation à moi, je suis amené à aimer la vie telle qu'elle est, à en accepter l'imperfection. Il est alors plus facile de trouver des solutions voire d'exploiter ce qui se passe à mon avantage. J'adore la phrase de Sartre : "l'important n'est pas ce qu'on a fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce que l'on a fait de nous".

 

* Auteur notamment de Mon meilleur ami… C'est moi, éditions Eyrolles et Oser ça change tout !, éditions Souffle d'Or


                

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