La voiture électrique : écolo ou pas ?

Serait-ce le véhicule propre, idéal pour remplacer nos voitures à essence ou diesel ? Problème : la voiture électrique génère beaucoup de pollutions lors de sa fabrication. Pour que le pari soit gagné, cela nécessite de revoir notre conception de la mobilité.

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Après de nombreuses années d'hésitation de la part des industriels et des autorités, un certain consensus se dégage aujourd'hui autour de la voiture électrique. Selon une récente étude, 59 % des Français prévoient d'en acheter une d'ici 2030*.

Il faut dire que son atout principal est de taille ! Elle n'émet aucun polluant au niveau de l'échappement, contrairement à une voiture thermique (essence ou diesel). On voit concrètement l'avantage que cela représente, en ville notamment, pour faire baisser la pollution de l'air.

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Une fabrication très émettrice de GES

La fabrication des voitures électriques consomme une très grande quantité de métaux : lithium, aluminium, cuivre, argent, nickel, cobalt, métaux rares…
Le secteur minier est l’un des plus pollueurs au monde et régulièrement pointé du doigt pour ses conditions de travail, notamment concernant les enfants. On voit la catastrophe qui se profile pour les régions pourvues de ces matières premières.

Par exemple, une batterie de Renault Zoe peut contenir 8 kg de lithium, une Tesla 15 kg (contre 300 g pour un vélo électrique).
La taille de ces batteries varie considérablement d'un véhicule à l'autre (700 kg dans une Audi e-Tron contre 305 kg dans une Renault Zoe) et leur impact sur le climat n'est pas le même si elles sont produites en Chine dans une usine qui tourne au charbon ou en Europe, avec des énergies renouvelables, dans le cadre d'un futur "Airbus des batteries" qui n'est pour l'instant qu'un projet.

Pour compenser le poids des batteries, les constructeurs augmentent la part d’aluminium dans les carrosseries, jantes, boîtes de vitesse.
En Europe, une voiture contient déjà en moyenne 179 kg d’aluminium, l’Audi e-Tron 804 kg !
Or la production d’aluminium consomme 3 fois plus d’énergie que celle de l’acier, elle est très émettrice de GES (CO2 et perfluorocarbonés) et très polluante (boues rouges).

Gaz à effet de serre (GES)
Sur le plan des émissions de gaz à effet de serre (GES), le bénéfice reste avéré mais il est plus complexe à estimer. 

Il dépend tout d'abord de la manière avec laquelle l'électricité est produite dans le pays. Le bilan carbone ne sera pas le même dans un pays où l'électricité est majoritairement produite à partir d'énergies renouvelables (ou nucléaire) et un pays où elle majoritairement produite avec du charbon. 

Les émissions "grises"
Mais l'impact environnemental d'un véhicule se joue en grande partie au moment de sa fabrication (ce qu'on appelle les émissions "grises"), en particulier pour la production de métaux divers et de plastiques pour la carrosserie et pour la batterie (voir encadré). 
À l'arrivée, la fabrication des voitures électriques émet environ deux fois plus de GES que celle des thermiques et génère beaucoup plus de pollutions toxiques !** 

Il faut donc calculer à partir de combien de kilomètres parcourus cette fabrication polluante rend le véhicule électrique avantageux par rapport à son homologue thermique. Les estimations des experts varient mais l'on considère qu’une petite voiture électrique est moins émettrice de CO2 à partir de 30 000 ou 40 000 km (source : IVL, Institut de recherche environnementale suédois).**

Deux à trois fois moins de GES
En France, un véhicule électrique émettrait aujourd'hui deux à trois fois moins de GES qu'un véhicule à essence ou diesel (source : Ademe 2018) si l'on prend en compte la fabrication, l'usage et la fin de vie du véhicule.***

Dans les années qui viennent, pour que le bénéfice actuel de la voiture électrique reste identique, il faudrait que la France respecte ses objectifs de 39 % d’énergies renouvelables dans le mix énergétique en 2030. 
Si la part d’énergies renouvelables passe à 43 %, les impacts des véhicules électriques et hybrides diminueront de 5 % en moyenne.
À l'inverse, si la France renforce son recours aux énergies fossiles (19 % du mix électrique), la contribution au changement climatique des véhicules augmentera d’environ 20 % et leur potentiel d’acidification des milieux naturels de 13 %.***

Exporter notre pollution ?
Compte tenu des conditions de fabrication de la voiture électrique, l'un des dangers qui guettent, au niveau de la planète, serait d'exporter les pollutions des pays riches vers les pays pauvres. 
Pour réduire celle de nos villes, on augmenterait la pollution sur les centres de fabrication, dans d'autres régions du monde, on y pillerait les ressources en eau et on déstructurerait des sociétés traditionnelles.
Au passage, on se serait défait prématurément de nos voitures thermiques avant que leur production n'ait été amortie et on les aurait revendues sur le marché d'occasion des pays pauvres en provoquant un boom de consommation de véhicules personnels très polluants…

Batteries : recyclables ?
Le grand enjeu environnemental des voitures électriques tourne autour de la conception et la gestion des batteries. Sont-elles recyclables ? Oui à 80 %. Mais recyclable ne veut pas dire recyclé. Une directive européenne de 2006, en cours de révision, impose un recyclage de 50 %. Le groupe PSA déclare aller jusqu’à 70 %. 
Plus intéressant : le futur réemploi des batteries pour stocker de l’énergie, par exemple pour lisser les apports intermittents des énergies renouvelables (solaire ou éolienne).** 

Le véhicule autonome
Demain l'arrivée des véhicules autonomes favorisera le covoiturage et fera baisser le besoin de voiture personnelle. 
Mais il ne faut pas croire les véhicules connectés ne génèrent aucune pollution. D'abord, ils seront plus consommateurs d'électricité et génèreront plus d'émissions grises pour la fabrication des nécessaires caméras, lidars, radars et autres capteurs. Ensuite, il ne faut pas oublier que le numérique émet du CO2. Sa part était déjà en 2018 de 3,7 % des émissions, soit plus que le transport aérien (2, 5 %).

Un pari loin d'être gagné
Aujourd'hui, en France, pour franchir le pas, le consommateur a besoin d'avoir le sentiment que le réseau de bornes de recharge (publiques et privées) est suffisant. Or en 2019, 86 % des automobilistes français jugeaient les infrastructures insuffisantes dans l'Hexagone et 69 % trouvaient les bornes mal positionnées (source : Observatoire Cetelem de l'automobile). Il faudra donc encore quelques années pour assister à un véritable démarrage.

On voit que la question n'est pas simple et que de nombreux paramètres et incertitudes rentrent en ligne de compte. 
Pour résumer, le pari de la voiture électrique sera gagné si :
- on privilégie les petites voitures, 
- on parvient à allonger la durée de vie des batteries et qu'on apprend à les recycler, 
- on les recharge en mode lent, 
- on généralise les énergies renouvelables, 
- on limite nos déplacements en diversifiant les moyens de transports (vélo, train, autopartage…).
Compte tenu du manque d'alternative, il se peut que ce soit un pari nécessaire.

 

Sources :
*We Demain : 59 % des Français prévoient d'acheter un véhicule électrique d'ici 2030
**Reporterre : 
Non, l’auto électrique n’est pas écologique

La voiture électrique cause une énorme pollution minière
Derrière la voiture électrique, l’empire des Gafam
***Libération : Finalement, la voiture électrique deux à trois fois moins émettrice que les véhicules essence et diesel
Les Échos : Les bornes de recharge, condition sine qua non au décollage du véhicule électrique


                

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