L'eutonie : bien doser son tonus

Méthode de relaxation et de prise de conscience du corps, l'eutonie est encore peu connue. Musiciens, danseurs, sportifs, jardiniers ou bricoleurs du dimanche, personnes plus ou moins handicapées… Nombreux sont les gens qui voient leur vie transformée grâce à cette pratique inventée par l'allemande Gerda Alexander au siècle dernier.

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Ça se passe au 23e étage d'une tour du 13e arrondissement de Paris. Nicole Barrot, professeur d'Eutonie Gerda Alexander, me reçoit dans un grand séjour d'appartement démeublé. Quatre couvertures sont disposées sur le sol. Pour ce cours de découverte, je suis accompagné par trois autres élèves aguerris. Nahuel et Catherine ont sept années de pratique, Louise vingt !

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En savoir plus

Trouver un cours d'eutonie

Il y a en France une cinquantaine de professeurs en activité.
Pour trouver un cours d'eutonie, il suffit d'aller sur le site :
- soit de l'AFEGA (Association Française d’Eutonie Gerda Alexander)
- soit de l'Institut d'Eutonie.

"En France la formation se fait sur Paris, elle est étalée sur 4 ans", explique Dominque Duliège. "En culture générale il y a de l'anatomie, de la physiologie, de la psychologie, de la pédagogie. L'essentiel est la pratique de l'eutonie. À l'arrivée on obtient un diplôme de professeur d'Eutonie Gerda Alexander." (Ce diplôme n'est pas reconnu par l'État.)

Prise de conscience du corps
Pas de tenue particulière, il suffit de quitter ses chaussures et le cas échéant sa ceinture ou sa cravate, un pantalon un peu souple suffit.
Le thème du cours est : l'espace. Nous commençons par rester debout et observer comment le corps se place : les genoux se plient-ils légèrement ou non, les épaules sont-elles relâchées ou non… ?

Auparavant j'avais eu une conversation avec Dominique Duliège* qui définit l'eutonie comme une méthode de prise de conscience du corps. "À travers différents exercices, l'objectif est de sentir son corps. C'est une pratique de relaxation."

De nombreux exercices
Je me contente donc de me détendre et d'observer mes sensations. Nous sommes maintenant allongés sur le sol, en train de percevoir l'espace entre nos jambes. Que se passe-t-il si une jambe s'éloigne de l'autre, puis se rapproche ? Que se passe-t-il si l'on ne fait pas le mouvement symétrique de l'autre côté ?

Pas d'exercices codifiés ici. On ne pourrait pas faire une méthode en vidéo.
"L'essentiel du travail demandé, c'est sentir", explique Dominique Duliège. "On peut être allongé, assis ou debout et on cherche les bases saines de tout mouvement. Par exemple, étendu sur le sol, on observe ce qui touche le sol et ce qui ne touche pas. On peut ensuite glisser un bambou le long de la colonne, essayer de sentir le dos puis le bambou. On peut placer une balle de tennis au milieu d'une fesse puis on la retire et on constate qu'il y a une dissymétrie, que le côté où était la balle semble plus plat, plus étalé contre le sol."

Quatre types d'accessoires
Nous voilà de nouveau debout. Nicole Barrot nous propose de prendre une petite baguette de restaurant chinois dans une main et d'observer de quelle manière on la saisit. Comment peut-on fournir l'effort minimum pour la tenir sans qu'elle tombe, pour faire bouger le bras ? Et si l'on avait l'impression que c'était la baguette qui impulsait le mouvement du bras dans l'espace ? Et si on lâchait la baguette et qu'on continuait le mouvement ?...

Des bambous, des balles, des bûches et des marrons… Ce sont les quatre types d'objets qui peuvent servir d'accessoire dans les exercices d'eutonie.

La créatrice : Gerda Alexander
À l'écoute de Dominique Duliège, j'ai le sentiment qu'il existe un certain cousinage entre l'eutonie et des disciplines comme Feldenkrais, l'antigymnastique**, voire le yoga sous certains aspects. Il ne me contredit pas et évoque le souvenir de la créatrice, Gerda Alexander, dont il a suivi les cours dans les années 1970.
"Gerda Alexander n'avait pas connaissance du yoga mais elle a trouvé une pratique corporelle qui renforce la santé comme les indiens le font avec le yoga ou les chinois avec le Taiji. C'était quelque chose qui n'existait pas dans le monde occidental."

Le mot vient du grec : "eu" qui veut dire bien, harmonie, juste et "tonos", tonus, tension. L'eutonie est donc la "tension juste".

Pour qui ?
"Le mal de dos et le stress sont les principales raisons qui amènent à l'eutonie", assure Dominique Duliège. "Cela concerne beaucoup les métiers de bureau. Mais toutes les personnes qui ont à faire des gestes professionnels répétitifs sont concernées, que ce soient le violoncelliste sur son instrument, le sportif, la caissière de supermarché, l'artisan ou l'agriculteur."

Tout le monde peut pratiquer dès lors qu'il peut se déplacer jusqu'à la salle : tous âges, hommes et femmes (enceintes ou non), en pleine santé ou avec handicap (momentané ou durable).

Cours collectif et séances individuelles
L'eutonie se pratique en cours collectif ou dans le cadre de séances individuelles qui ont une orientation plus thérapeutique.
"Il m'est arrivé d'avoir de très bons résultats avec des personnes qui ont des acouphènes, qui sont atteintes de sclérose en plaques, de VIH, des personnes handicapées, non voyantes ou amputées des jambes", se réjouit Nicole Barrot.

Optimiser les mouvements du quotidien
Nahuel vient de Buenos Aires. Il est musicien et pratique l'eutonie depuis 7 ans. "Pour moi, cela a été un accès à mon propre corps. Avant de faire de l'eutonie j'étais prisonnier de tensions qui limitaient mon énergie physique et psychique. En changeant certaines postures je me suis libéré et j'ai également beaucoup gagné en capacité d'attention et d'écoute."

Catherine pratique également depuis 7 ans. "Je suis venue au départ car j'avais du mal à marcher à cause d'un problème au genou." Elle apprécie le travail sur l'anatomie qui l'aide à améliorer son ressenti et à optimiser les mouvements du quotidien.

Je sors de mon premier cours d'eutonie et me dirige vers le métro avec une autre élève, Louise, psychiatre et psychanalyste, qui a 20 ans d'eutonie derrière elle. J'observe que, dans la rue, je ne marche pas de la même manière que lorsque je suis arrivé. Louise me confirme qu'elle a cette sensation à chaque fois.

 

*Auteur de L'Eutonie Gerda Alexander, éditions Vie
** Dans son livre Ma leçon d'antigym, éditions Eyrolles, Marie Bertherat cite Gerda Alexander comme l'une des références de sa mère lorsqu'elle crée l'antigymnastique (page 15).


                

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