Sexualité : sortir de la tyrannie du genre ?

Les unes se doivent d'être dociles et accueillantes, les autres virils et conquérants. Il serait encore difficile aujourd'hui d'échapper aux stéréotypes hommes/femmes mais le mouvement est en marche…

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Peut-être avait-on sous-estimé le problème… Beaucoup de choses ont changé dans la société en matière de parité et le regard porté sur les femmes n'est plus le même qu'il y a 50 ans. Mais dans le domaine de la sexualité, il serait toujours malaisé d'échapper à la tyrannie du genre, selon Philippe Arlin*, psychologue et sexologue, qui constate par exemple la difficulté d'affirmer son désir chez les femmes et le verrouillage émotionnel chez les hommes.

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Genre et orientation sexuelle

"Le genre est la manière dont je me présente aux autres. Ce n'est pas la manière dont je couche", explique Philippe Arlin.

"Nous avons une identité biologique. Pour ma part j'ai des organes génitaux reconnus comme des organes masculins. Sur cette identité biologique je peux construire une identité sociale autour du masculin. Pour autant, je peux ne pas être en accord avec mes organes biologiques et affirmer à l'extérieur une personnalité plus féminine voire aller jusqu'à la trans-identité. Voilà pour la définition du genre.

Mais ce que je viens de vous dire ne dit rien de mes orientations sexuelles. Je peux très bien être un homme, avec des organes masculins, me développer dans le genre masculin et faire le choix d'avoir une sexualité avec des hommes. Être totalement en accord avec ma biologie sur le plan masculin mais être dans une orientation homosexuelle pour ma sexualité. À l'inverse je peux être un homme sur le plan biologique, développer des qualités plutôt féminines et être attiré par les femmes.

Le film de Guillaume Gallienne, "Guillaume et les garçons à table", est très intéressant à cet égard… Cela semblait tellement évident qu'affirmer une personnalité féminine allait faire de lui un homosexuel qu'il s'en est persuadé lui-même ! Jusqu'au jour où, écoutant ses organes et non ce que son genre semblait définir, il s'est rendu compte qu'il était hétérosexuel. On voit bien que le genre n'a rien à voir avec l'orientation sexuelle."

Après 50 ans de féminisme et de remise en question des rôles hommes/femmes, est-ce que rien n'a changé ?
Philippe Arlin : Les mouvements féministes ont fait énormément avancer la vision des femmes sur le plan professionnel et relationnel. Beaucoup de choses ont changé sur les stéréotypes de genre au niveau de la société. Mais cela ne représente pas encore grand chose par rapport à ce qui reste à faire, notamment dans la chambre à coucher. Il est intéressant d'observer ce qui s'y passe car c'est dans la sexualité qu'intimement notre genre va se jouer. Or il y a souvent confusion : on mélange genre et orientation sexuelle alors que ça n'a rien à voir (voir encadré).

Vous dites dans votre livre que la libération sexuelle a été avortée…
P.A. : On accepte que la femme se libère mais il y a toujours sur elle un regard péjoratif lorsqu'elle est désirante. Elle est vite traitée de castratrice voire de pute ou de salope. La femme a le droit d'être désirable mais pas désirante. Du reste si vous inversez la proposition, les hommes ne gèrent pas le fait d'être désirables. L'homme doit être désirant et la femme désirable, l'inverse est difficile à assumer. J'observe qu'il y a une véritable volonté de changement. Mais je crois que cela ne se fera pas en une génération. On n'avait pas mesuré à quoi on s'attaquait !

Vous parlez du diktat de la pénétration…
P.A. : Je plaisante souvent en disant que la plus grande supercherie de l'histoire de l'humanité c'est que les hommes ont réussi à faire croire aux femmes qu'elles avaient besoin de la pénétration pour jouir. C’est évidemment un peu de la provocation mais plus on avance dans la connaissance du corps humain, plus on se rend compte que la femme n'a en rien besoin d'être pénétrée pour jouir. À part faire des enfants ou donner du plaisir à l'homme, la pénétration n'est pas fondamentale au plaisir féminin.

Y'a-t-il aussi un diktat de l'orgasme ?
P.A. : On l'a inventé depuis très peu de temps. Il date d'une vingtaine d'années. Aujourd'hui les femmes viennent nous consulter parce qu'elles n'arrivent pas à avoir d'orgasme. On a mis sur leurs épaules une injonction dont elles n'avaient absolument pas besoin ! Et on a ouvert un double mythe. D'abord celui selon lequel ce serait à l'homme de faire jouir la femme. C'est l'amant idéal illusoire car si la femme ne décide pas de se laisser aller au plaisir, il ne se passera rien. Ensuite on a inventé l'orgasme obligatoire. Or il ne devrait s'agir que d'une cerise sur le gâteau, pas d'un but en soi. Le but c'est de partager du plaisir.

La pornographie n'a-t-elle pas joué un rôle très négatif ?
P.A. : Elle véhicule plein d'idées fausses autour du coït, de la pénétration, de la virilité, de la puissance. Elle a fait beaucoup de dégâts et a généré des pathologies qu'on n'avait pas avant. Par exemple la notion de dépucelage ne veut plus rien dire. Autrefois ce n'était pas un acte physiologique, c'était la découverte d'un premier corps nu, de l'anatomie de l'autre, de la sexualité… Aujourd'hui les jeunes ont les yeux rabâchés de films pornos. Les premiers rapports sont donc plutôt une mise à l'épreuve, une mise en adéquation "pour l'avoir fait".

Où en est la sexualité des jeunes aujourd'hui ?
P.A. : La nouvelle génération des 18-25 ans a un rapport au sexe complètement différent, plus libre, moins obsédé par le genre. Ils n'hésitent pas à poser les bonnes questions et éventuellement à aller consulter. Je pense que les jeunes sont beaucoup plus adultes par rapport à leur sexualité.

Que veut dire pour vous le fait d'être "sexuellement incorrect", comme le dit le titre de votre livre ?
P.A. : C'est bousculer toutes ces idées reçues qui continuent à peser sur la sexualité. Être sexuellement incorrect c'est sortir des stéréotypes du genre, c'est savoir qu'on n'a pas besoin de coït pour atteindre le plaisir, c'est pour un homme prendre du plaisir anal, pour une femme être désirante et prendre des initiatives… L'idée c'est de libérer son désir. À condition que ce soit authentique ! Cela n'a pas d'intérêt si c'est juste de la provocation ! Si dans vos envies il y a des choses que la société définit comme sexuellement correctes, c'est à dire conforme à votre genre, allez-y ! Il n'y a pas à être "contre-genre". Mais si dans vos pulsions il y a des choses qui sont "contre-genre" et que, de ce fait, vous n'arrivez pas à vous épanouir, alors soyez sexuellement incorrect mais soyez heureux ! Je crois en l'individu, je ne crois pas au genre.

Quelle serait votre vision d'une sexualité idéale ?
P.A. : C'est une sexualité qui s'écrit tous les jours en fonction du moment, de nos états d'âme, de nos envies. Jamais définie à l'avance, un peu comme une alimentation idéale. Les goûts évoluent, changent. On a la possibilité d'aller manger chinois ce soir, demain russe et après-demain japonais. Si l'on pouvait avoir cette liberté dans notre sexualité, je pense qu'on irait mieux.

Comment voyez-vous l'évolution à venir ?
P.A. : Il faudra deux ou trois générations pour que la chambre à coucher soit complètement aérée et revisitée. Il faudra repenser la famille, le couple… Et quand on aura réussi à faire ça en donnant une place à chacun, tout ira beaucoup mieux.

 

*Auteur de Sexuellement incorrect, éditions de la Martinière


                

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