Troubles alimentaires : pourquoi ?

Boulimie, anorexie, hyperphagie, surpoids, orthorexie… La liste des troubles alimentaires est longue. Gérard Apfeldorfer, médecin psychiatre et psychothérapeute, tente d'expliquer les raisons qui nous conduisent à ces troubles.

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Notre organisme est ainsi conçu que, si l'on est à l'écoute de ses sensations de faim et de satiété et qu'on se nourrit guidé par son plaisir et son intuition, on parvient sans effort à rester à son poids d'équilibre (voir : L'équilibre alimentaire : manger plaisir, manger intuitif). Mais il arrive souvent que la machine se dérègle.
"Cela est dû essentiellement à trois raisons", explique Gérard Apfeldorfer*, médecin psychiatre et psychothérapeute, spécialiste des troubles alimentaires, lors d'une conférence organisée début avril par la Fondation Nestlé.

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Une thérapie alimentaire

En France, Gérard Apfeldorfer et le groupe de thérapeutes qu'il anime ont mis au point un travail sur trois axes :
- des exercices alimentaires comportementaux destinés à restaurer le contact avec ses sensations alimentaires ;
- un travail émotionnel, avec notamment la pratique de la méditation de pleine conscience, dans l'objectif de mieux tolérer ses émotions pour pouvoir les vivre sans avoir recours à la nourriture ;
- un travail de réconciliation avec son corps.

On essaie de prendre le contrôle
La première raison du dérèglement de l'équilibre alimentaire vient quand on essaie de prendre le contrôle d'un processus qui est censé être automatique.
"Par exemple, pour perdre du poids, on essaie d'écarter un certain nombre d'aliments dont on a envie pour les remplacer par des aliments dont on nous dit qu'il faut les manger. On appelle ça la restriction cognitive, c'est-à-dire l'effort pour changer son alimentation afin de contrôler son poids. Au début ça se passe très bien. Nous sommes parfaitement capables de changer notre alimentation en remplaçant une série d'aliments par une autre série d'aliment. Mais plus le temps passe, plus ça devient difficile."

Lorsqu'on fonctionne dans un régime privatif, les aliments interdits deviennent de plus en plus désirables alors que ceux qu'on se force à manger le sont de moins en moins. Au bout d'un moment on finit par craquer.
"Quand on craque on se dit "j'ai fauté" et à ce moment-là on rétablit un contrôle encore plus dur. De fil en aiguille on devient souvent obsédé par l'alimentation, on ne pense plus qu'au contrôle."

On a des problèmes émotionnels
Il existe une manière simple et efficace de calmer ses émotions : c'est de manger des aliments à haute densité calorique. On peut ensuite retarder ou réduire la prise alimentaire suivante et l'équilibre est rétabli.
"Mais si ce système génère de la culpabilité, cette culpabilité est une émotion secondaire qui risque de relancer le processus et de faire manger à nouveau. On passe alors son temps à manger pour calmer ses émotions, à avoir de nouveau des émotions négatives et manger encore pour calmer ses émotions négatives. Donc, là aussi, on est dans un cercle vicieux."

On est fâché avec son corps
Il est courant de se dire : "si mon corps était plus mince je l'aimerais mieux, mon entourage aussi l'aimerait mieux et cela résoudrait une grande partie de mes problèmes". On se lance alors dans des efforts d'amaigrissement et on rentre en guerre avec son corps. C'est la troisième raison.

"Faire un régime c'est une forme de guerre contre son système de régulation, une guerre contre soi-même. Quelquefois ça marche, les gens maigrissent mais une fois qu'ils sont minces ils s'aperçoivent que leurs problèmes sentimentaux ou relationnels ne sont pas réglés. Il se peut même que de nouveaux problèmes se posent parce que, par exemple, leur carapace de graisse les protégeait contre la séduction et qu'ils ne sont plus protégés. Ils n'arrivent pas à faire face et la seule solution qu'ils trouvent c'est de reprendre des kilos."

Un corps difficile à assumer
Mais pourquoi se fâche-t-on avec son corps ?
"D'abord parce qu'aujourd'hui le corps obèse ou même un peu grassouillet est particulièrement dévalorisé sur le plan social", observe Gérard Apfeldorfer.

Une autre raison est la difficulté à vivre avec un corps hérité des générations précédentes et qui nous renvoie à notre relation avec nos parents. "On peut avoir les yeux de son père et tout va bien mais on peut aussi avoir les hanches de sa mère et là, ça ne va pas. Surtout si cette mère n'aimait pas ses hanches et nous en a transmis la détestation".

On peut aussi détester son corps parce qu'il a été sali, parce que son intégrité a été atteinte. "C'est le cas par exemple quand, dans l'enfance, on a subi des attouchements, des situations incestueuses. Ce corps sali n'est plus aimable, il faut donc le réparer. Si vous choisissez pour le réparer de le faire maigrir, une situation très courante aujourd'hui, vous rentrez dans ce cycle."

Comment s'en sortir
Parmi les moyens les plus efficaces aujourd'hui pour traiter les troubles alimentaires, les thérapies cognitivo-comportementales sont bien placées (voir encadré).

"80 % des gens que nous voyons sont au-dessus de leur poids d'équilibre et ont donc la possibilité de perdre du poids. Le problème c'est qu'ils n'en perdent jamais assez à leur gré. Il faut donc qu'ils transigent et acceptent le poids acceptable physiologiquement, parce que c'est le seul tenable."

 

* Président de l’association GROS (Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids)


                

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