TOUS LES ÉDITOS

Il est ému, tendu, la bouche amère, les yeux embués. Manifestement plus à l'aise dans cet exercice d'expression directe que dans le costume de ministre. Il donne à voir aux Français un moment d'authenticité de plus en plus rare à la télévision ou à la radio (puisque la radio se regarde aussi, maintenant !). Face à Léa Salamé et Nicolas Demorand, Nicolas Hulot fait sur l'antenne de France Inter un bilan froid, implacable, lucide, plein de colère contenue. Il n'écarte pas l'hypothèse de ne pas avoir été lui-même à la hauteur des enjeux. "Peut-être n’ai-je pas su convaincre."

Quelle que soit l'opinion qu'on se fait du personnage, comment ne pas rester scotché au poste ? L'émotion est palpable, partagée par les journalistes médusés. Je fais partie de ceux qui sont tristes qu'il quitte le navire, déçus qu'il n'ait pas mieux réussi. Mais fiers de cet instant qu'il nous offre. J'y vois l'alignement d'un homme avec ses valeurs, du courage, de l'intégrité, de la hauteur de vue, un certain mépris pour les ors de la république.

Nicolas Hulot a fait le pari d'essayer de bouger les lignes dans un gouvernement qui s'annonçait jeune, pragmatique et affranchi des anciens carcans idéologiques. Il avait un rang de ministre d'État. Le pari n'était pas stupide et semblait même assez mature et courageux, sachant que, quoiqu'il fasse, il serait accusé de ne pas en faire assez. Mais on le sentait isolé dans un gouvernement où les enjeux environnementaux sont la cinquième roue du carrosse. 14 mois après, il cale. Il fait le constat que le bilan est trop maigre et décide de démissionner.

Il serait vain de se perdre dans des commentaires politiciens qui, du reste, n'auraient rien à faire ici. Je retiendrai seulement deux choses fondamentales dans ce que nous dit Nicolas Hulot. Deux choses qui nous concerne tous, quel que soit notre vote aux dernières présidentielles.

1) La proximité croissante des lobbies de l'économie avec le pouvoir pose problème.
"C’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ?"
Cette question centrale, quelle que soit la couleur du pouvoir en place, est rampante depuis de nombreuses années. Elle commence à se faire ostensible et lancinante. Le ministre de l'écologie est aux prises avec les lobbies de la chasse, du nucléaire, de l'agro-industrie… D'autres le sont avec ceux de l'industrie pharmaceutique, de la finance, des fabricants d'armes… Que dire d'un régime où les politiques n'ont plus le pouvoir d'agir pour l'intérêt général sans céder aux intérêts particuliers ? Où les groupes d'influence sont infiltrés dans les premiers cercles et jusque dans les administrations des ministères ?

2) Il serait trop facile de nous exonérer de toute responsabilité dans l'échec de Nicolas Hulot. Ce qu'il dit sur son impuissance ne concerne pas seulement le fonctionnement d'un gouvernement mais nous interpelle tous.
"Au quotidien, qui ai-je pour me défendre ? Ai-je une société structurée qui descend dans la rue pour défendre la biodiversité ? Ai-je une formation politique ? Est-ce que les grandes formations politiques et l’opposition sont capables de se hisser au-dessus de la mêlée pour s’entendre sur l’essentiel ?"
Autrement dit, la société est-elle assez mûre pour prendre en compte l'ampleur des enjeux environnementaux et accepter de mettre en œuvre les changements qui s'imposent ?
"J’espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde."

La solitude de Nicolas Hulot au gouvernement ne faisait que refléter celle des écologistes et des lanceurs d'alerte à tous les niveaux de la société. Certes le discours fait consensus. Tout le monde est aujourd'hui persuadé de la nécessité de lutter contre le changement climatique, l'érosion de la biodiversité, la pollution de l'eau et de l'air, l'artificialisation des sols… Mais à condition de ne rien toucher à son business et son mode de vie ! L'écologie, oui, mais pour les autres.
C'est sur cette question que nous avons à travailler collectivement dans les mois et les années à venir.

Tout s'inscrit dans Mai 68. Les questionnements actuels de notre société, nos remises en cause des modèles de comportement, de production et de consommation… Tout trouve son origine dans la date mythique.

J'aimerais néanmoins mettre en garde celles et ceux qui n'auraient pas connu cette époque contre quelques pièges usuels auxquels il faut prendre garde.
Tout d'abord Mai 68 a démarré après le mois de mai. Ne s'en tenir qu'au déroulé des évènements ferait passer à côté du phénomène. Une fois que la France a eu vécu la plus grande grève générale de son histoire et que l'activité a redémarré, une fois que les choses ont été "militairement" réglées, c'est là que tout a commencé. Dans la décennie qui suit, chaque printemps est un prétexte à faire revivre l'esprit de Mai. On assiste à un fourmillement permanent dont on prend la mesure dans les multiples fêtes et évènements culturels qui se multiplient, vitrine des innombrables comités d'action de ceci, fronts de libération de cela, et divers collectifs de vie alternative. Sous la pression constante d'une forte minorité agissante, le pays s'ouvre à la modernité, bon gré mal gré. Il faudra une quinzaine d'année pour faire disparaître les scandales les plus criants : une presse aux ordres, les femmes considérées comme des mineures, la contraception confidentielle, la guillotine encore active, les ratonnades monnaie courante, le racisme anti-jeune, la criminalisation de l'avortement, de l'homosexualité… Et c'est dans ce creuset qu'émergent les courants de pensée qui fondent aujourd'hui encore les grands thèmes de la modernité, principalement autour du féminisme et de l'écologie.

Par ailleurs, ce mouvement a été, par essence, extraordinairement multiforme. C'est pourquoi on y a trouvé le meilleur et le pire. C'est pourquoi aussi il a été si mal compris. Par exemple, la critique de l'autoritarisme s'est vite transformée chez certains en une contestation de toute autorité et de toute hiérarchie. La conséquence en a été catastrophique dans l'éducation des enfants et à l'origine du grave problème de société que nous connaissons aujourd'hui avec la généralisation des enfants-rois et la perte de repères que le phénomène entraîne.
Mais tous les secteurs de la société ont été revisités et dépoussiérés, de la psychiatrie à la justice et passant par la médecine, la culture ou l'économie. Dans le même temps, on a vu fleurir dans notre pays des pratiques encore inconnues (ou presque), du yoga à l'ostéopathie, de la méditation de pleine conscience à la psychologie positive, de la Gestalt à l'analyse transactionnelle ou à l'art-thérapie.

Aujourd'hui, que ce soit nos impatiences sur les insupportables disparités homme-femme qui subsistent encore, nos constats sur l'impossibilité à tenir une croissance économique infinie sur une planète aux ressources finies ou encore nos exigences légitimes à être traités en sujets et non en objets consommant… Tout trouve sa source dans le mouvement de Mai. Sans oublier l'esprit de gratuité et d'horizontalité qui a présidé au développement d'internet…

Alors je comprends qu'on soit agacé par les commémorations et rétrospectives diverses, par ces personnes âgées qui ont été les protagonistes de l'époque et qui s'épuisent pourtant à expliquer combien ce type de célébration est totalement contraire aux fondamentaux du mouvement. Mais que cela nous plaise ou non, tous les grands thèmes porteurs de notre époque sont issus d'une manière ou d'une autre de ce gigantesque remue-méninges.

Mieux encadrer les prix pour permettre aux agriculteurs de vivre de leur activité et pour éviter les scandales alimentaires… Les intentions des États Généraux de l'alimentation qui se sont tenus l'automne dernier étaient bonnes. Mais…

Mais rien de concret n'en est sorti et les mesures gouvernementales qui doivent suivre ne sont prévues que pour l'été. Limitation prévue des promotions, hausse du seuil de revente à perte, fixation des prix basés sur les coûts de production… Nous verrons ce qui sera décidé par l'exécutif. À ce stade rien ne garantit que le renforcement des marges des grandes surfaces qui s'en suivra passera dans l'escarcelle des paysans. Rien ne dit que les nouveaux prix ne pourront pas être contournés, par exemple par des achats à l'étranger.

En attendant, il semble que depuis le début de l'année tout ait repris comme avant. Business as usual. Les négociations bilatérales entre les producteurs et les acteurs de la grande distribution se déroulent comme si rien ne s'était passé, avec toujours la même arrogance de la part de ces derniers. Mais faut-il s'en étonner ? Le rapport de forces est dans leurs gênes. Ils ont grandi en faisant jouer les économies d'échelle et en brandissant le référencement dans leur rayons comme une arme de guerre. Ils ont gagné la bataille des prix avec la concurrence en échangeant du volume de commande contre du prix bas. Lorsqu'ils négocient avec Nestlé ou Coca Cola on peut imaginer que le dialogue est à peu près équilibré. Lorsqu'ils traitent avec les agriculteurs, ils ne font pas la différence. Parce qu'ils ne savent pas faire autrement. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une disposition ontologique à la prédation.
Au passage, ils ont détruit les centres villes de la plupart des agglomérations françaises avec la complicité des collectivités locales. Et ils sont en passe, on l'a vu avec la récente crise du lait, de détruire purement et simplement une agriculture hexagonale sinistrée.

La grande distribution semble donner parfois des gages de bonne volonté en encourageant des filières vertueuses. Certains groupes font même des efforts louables en terme de traçabilité ou de bilan carbone. Mais il ne s'agit souvent à l'arrivée que d'opérations de communication.

Tant que les pouvoirs publics seront défaillants dans notre pays, la seule clé qui permette de renverser la vapeur, c'est nous. Ce sont les consommateurs. Mais encore faudrait-il que nous acceptions de payer ce que nous mangeons à son juste prix ! Je répète depuis longtemps que nous votons tous les jours avec notre carte de crédit. Si nous faisons nos courses chez Carrefour, Auchan et consorts, nous élisons le monde qui va avec. Un monde où notre santé est menacée par la malbouffe, où les agriculteurs ne peuvent plus vivre de leur travail, où les centres-villes sont devenus des déserts. Si ce monde nous convient, tout va bien. Si ce n'est pas le cas, qu'attendons-nous pour éviter les grandes surfaces et consommer bio, local, de saison, en circuits courts ?

Comme chaque année, en ce début 2018, je trouve intéressant de s'extraire de l'actualité catastrophiste qui a traversé 2017 : guerres, attentats et massacres, foucades sinistres de Donald Trump, ouragans aux noms paradoxalement exquis (Irma, Maria ou Ophélia) séismes en Italie ou au Mexique, inondations en Inde, au Népal ou au Bengladesh…

La civilisation humaine a gagné du terrain, parfois, en 2017. Lorsque la débâcle de Daech est devenue inexorable, au Proche-Orient, avec la chute de Mossoul et de Raqqa. Lorsque la paix a été conclue avec les FARC en Colombie. Lorsque Ratko Mladic, surnommé le "boucher des Balkans", a été condamné pour génocide et crimes contre l'humanité. Lorsque le jeu démocratique a fonctionné : en Iran avec l'élection du président modéré, Hassan Rohani, ou au Zimbabwe, avec la démission in fine de Robert Mugabe, le plus vieux chef d'état au monde, et l'élection d'Emmerson Mnangagwa.

Dans le monde des affaires, l'éthique a progressé avec la révélation des Paradise Papers, en novembre, permettant d'établir un lien entre les paradis fiscaux et de nombreuses personnalités ou multinationales. Après les Panama Papers en 2016, il est réconfortant de savoir que des journalistes indépendants veillent au grain. Il s'agit d'un consortium international de journalistes d'investigations parmi lesquels on trouve, pour la France, des membres de Mediapart ou de l'excellente émission télé Cash Investigation.

Les publications du New York Times, le 5 octobre, relayant les accusations de harcèlement sexuel à l'encontre du producteur Harvey Weinstein, ont déclenché un mouvement d'ampleur mondiale de dénonciation des violences sexuelles et sexistes ordinaires. Même si la forme en est parfois maladroite, c'est une formidable avancée pour les trop nombreuses victimes.

Bonne nouvelle pour la planète : le trou de la couche d'ozone est en train de disparaître, excellent exemple de réussite pour la coopération internationale. Et malgré la sortie officielle des États-Unis de l'accord de Paris, 1 000 entreprises et collectivités de la première puissance mondiale ont annoncé le 5 juin qu'elles poursuivront les objectifs de la COP 21.

Côté science, il y a de belles avancées… Des virus pour lutter contre d'autres virus : la phagothérapie a fait une percée en 2017, à Lyon, à l'hôpital de la Croix Rousse, où deux patients ont été traités avec succès. Par ailleurs, en attribuant le prix Nobel de médecine à l'horloge biologique, les sages de Stockholm ont légitimé les conceptions médicales traditionnelles orientales en matière de cycles circadiens. La plus grande centrale solaire flottante au monde est entrée en service en Chine le 31 mai. Elle est capable d'alimenter l'équivalent de 16 000 foyers.

En France, on a assisté bouche bée à un bouleversement politique qui a vu la distanciation de l'extrême droite et l'élimination des grands partis sclérosés, PS et LR, du second tour de l'élection majeure de notre pays. À la clé, une (légère) progression de la moralisation de la vie politique, une mise en avant de la société civile et l'arrivée à l'Élysée d'un nouveau président trentenaire, modéré, adepte du pragmatisme et de la "bienveillance".

Et puis de Simone Veil à Jean d'Ormesson en passant par Jeanne Moreau, Mireille Darc, Gisèle Casadesus, Danielle Darieux, Victor Lanoux, Claude Rich, Jean Rochefort, Robert Hirsch, Johnny Hallyday… L'incroyable défilé des disparitions de figures familières et populaires nous a permis de communier autour de leur souvenir avec souvent beaucoup d'émotion. Ces sentiments partagés font aussi nation.

Comme le rappelle Matthieu Ricard* : "La vaste majorité des relations humaines sont constructives plutôt que destructrices. Contrairement aux idées reçues, la violence n'a cessé de diminuer au fil des siècles. Au 14e siècle en Europe, on comptait 100 homicides par an pour 100 000 habitants. Aujourd'hui ce chiffre est tombé à 1. (…) Les sévices et abus infligés aux enfants ont diminué de moitié aux États-Unis durant les vingt dernières années. (…) En vingt ans le nombre des personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté est tombé de 1,5 milliard à 750 millions. C'est encore beaucoup trop, mais ce nombre est en baisse constante."

On sait que l'homo sapiens est programmé pour se mettre en alerte dès qu'il perçoit un danger alors qu'il a peu de mémoire pour les évènements heureux. Mais il est toujours possible d'aller au-delà de nos instincts et de prendre en compte l'ensemble de la réalité du monde, sans occulter sa part positive.
Que 2018 vous apporte joie, bonheur, plénitude, harmonie avec vous-même, les autres et la planète !

 

*HuffPost : En 2018, soyons altruiste, c'est ce qui peut nous sauver, nous et notre planète

Pourquoi continuons-nous à nous auto-agresser alors que tous les voyants sont là pour nous révéler la triste réalité de la destruction de l'environnement ? Déforestation, braconnage sur terre et en mer, pillage des ressources minières, artificialisation des sols, pollutions industrielles, agriculture intensive avec usage massif de pesticides… Tout est aujourd'hui connu, démontré, avéré. Et la situation semble se dégrader plus vite que ne le décrivaient les prévisions les plus pessimistes. 
Il y a 25 ans, un texte réunissait 1 700 scientifiques pour alerter sur ces questions. Ils étaient 15 000, le 13 novembre dernier, à publier un cri d'alarme : "Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d'un changement climatique potentiellement catastrophique".

Le taux de CO2 dans l'atmosphère terrestre n'a jamais été aussi élevé depuis au moins 800 000 ans. Ses émissions sont reparties à la hausse cette année (environ +2 %). Cet été, les chercheurs estimaient à 5 % les chances de limiter le réchauffement à 2°C.
L'étude allemande qui a mis en lumière tout récemment la disparition en 30 ans de 75 % des insectes a particulièrement marqué les esprits : l'homme a manifestement déclenché un processus d'extinction de masse de la biodiversité.
Comment peut-on ne pas comprendre que la nature, c'est nous ? Que détruire les écosystèmes, c'est oeuvrer à notre propre destruction ?

Nous avons cru ces dernières années que la bataille des idées était gagnée. Aujourd'hui, en paroles, tout le monde serait écolo. En réalité, Donald Trump a été un bon baromètre montrant que, pour beaucoup de gens, lorsqu'il faut toucher à son petit confort et à ses propres intérêts, l'environnement c'est pour les autres.
"Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale", disent les scientifiques.

En cette période de trêve de Noël où nous mettons l'accent sur nos liens d'amour avec nos proches, nous serions bien inspirés de considérer notre relation avec la planète et tous les êtres qui y vivent. Limitons le gaspillage et la surconsommation ! Faisons la paix avec la nature, faisons la paix avec nous-mêmes ! Et pour paraphraser un poète latin, j'ajouterai : il est déjà tard pour s'y mettre aujourd'hui, le sage a commencé hier.

Difficile de comprendre comment on peut faire une erreur de cette taille en commençant un quinquennat ! Le gouvernement vient d'annoncer par la voix de son premier ministre qu'il allait rendre obligatoire 11 vaccins pour les nourrissons. Aux trois vaccins obligatoires (DTP) on va donc ajouter : coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C.

Si elle se confirme, cette décision est mauvaise. Principalement pour trois raisons :
- elle est discutable sur le plan scientifique et nécessiterait plus d'investigations préalables ;
- elle risque d'entamer encore plus la confiance déjà chancelante envers le médicament ;
- elle est politiquement désastreuse.

Ses effets en terme de santé publique sont en effet douteux. Selon certains experts, le rapport bénéfice/risque de certains de ces vaccins devrait être réévalué du fait de leurs effets secondaires, d'autres ont une efficacité peu prouvée, d'autres encore ne répondent à aucune nécessité chez le jeune enfant (l'hépatite B est une maladie sexuellement transmissible).

Par ailleurs elle risque d'être contre-productive. Nous ne sommes plus dans un temps, surtout après les scandales sanitaires à répétition de ces dernières années, où les citoyens acceptent sans broncher les injonctions des autorités. L'époque est à l'information, à la recommandation, à la persuasion. On ne peut pas dire d'un côté que le citoyen doit s'impliquer dans la vie publique, que le patient doit être acteur de sa santé et de l'autre lui confisquer son libre arbitre de manière comminatoire. Le résultat sera de multiplier les faux certificats de vaccination et de renforcer le rejet de la médecine conventionnelle.

Enfin cette décision donne des arguments en or aux complotistes de tous poils. Ses premiers bénéficiaires sont effectivement les laboratoires pharmaceutiques qui verront leur chiffre d'affaires augmenter d'une centaine de millions d'euros. Pour un gouvernement accusé d'être l'émanation des lobbies, on fait plus habile comme entrée en matière…

Puisque la pétition semble être un outil à la mode, encouragé par le Président de la République lui-même, on peut songer à signer. Plusieurs versions circulent. Chacun choisira celle qui lui convient. Par exemple celle-ci, sur change.org, semble assez raisonnable ou celle-ci, plus documentée, d'Alternative Santé.

Comme les hommages (mérités) à Simone Veil se multiplient, ajoutons à la mémoire de son brillant combat pour le droit à l'avortement le fait qu'elle ait supprimé en 1980 l'obligation vaccinale contre la variole. Ce vaccin avait provoqué chez des enfants des encéphalites varioliques et les risques encourus étaient devenus plus grands que celui de contracter la maladie. La décision était courageuse. C'était quand une ministre de la santé s'occupait de la santé publique…

On deviendrait presque blasés. La routine, quoi ! Le boom du bio se confirme et s'amplifie en 2016. L'Agence Bio annonce une croissance de 20 % qui fait suite à deux années consécutives à 15 % ! Aujourd'hui 69 % des Français disent consommer régulièrement du bio, au minimum une fois par mois. Les magasins spécialisés voient leurs ventes augmenter de 25 % sur l'année 2016. Les Français veulent du bio partout : chez eux, dans les restaurants, les cantines, les hôpitaux, les maisons de retraite… Ils attendent davantage de bio dans les grandes surfaces, sur les marchés, chez les artisans…

La demande de bio se fait de plus en plus pressante. Pour y répondre il serait donc logique de rentrer dans une dynamique de développement de grande ampleur des exploitations labellisées. En pleine crise de l'agriculture, dans un secteur manifestement porteur d'avenir comme celui-ci, on pourrait espérer que les autorités soient à la pointe du mouvement avec une politique incitative vigoureuse pour encourager les conversions.

Et voilà qu'on apprend que l'État accuse un retard de deux ans dans le versement des aides à l'agriculture bio ! Incompréhensible. La Fédération Nationale d'Agriculture Biologique (FNAB) a mobilisé ses adhérents sur cette question. Le gouvernement s'est engagé à régler 80 % des sommes dues pour 2016 au 31 mars prochain. Mais les soldes 2015 des aides ne sont toujours pas réglés et leur versement n'est pas prévu avant le deuxième semestre 2017.

En pleine campagne présidentielle, on serait en droit d'attendre le programme de chaque candidat sur cette question. Mais pour l'instant la pollution des affaires crée un brouillard dans lequel il est bien difficile de repérer les vrais enjeux de demain.

Comment s'extraire du Brexit, de l'élection de Donald Trump, du martyre d'Alep, des attentats terroristes aux États-Unis, en Turquie, en Allemagne, en France… ? Comment oublier le cyclone des îles Fidji, l'ouragan Matthew en Haïti, les séismes en Italie, en Équateur et dans l'ouest de l'Indonésie, la fonte record de la banquise, les pics de pollution répétés et durables dans une large partie de la France… ? Comment zapper le scandale de la Depakine, l'accident clinique de Rennes, l'explosion des prix des médicaments contre le cancer… ? Comme chaque année, malgré une actualité sévère, il s'est passé en 2016 des évènements susceptibles de redonner espoir dans le genre humain.

La paix a progressé sur le continent américain où il n'existe plus de conflit impliquant une armée nationale. La guerre civile qui opposait le gouvernement colombien aux FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) a pris fin après un accord voté le 30 novembre par le Congrès. En voie d'apaisement également les relations tumultueuses entre les États-Unis et Cuba… Après plus de 60 ans d'embargo, Barack Obama y a fait une visite historique. En Afrique, 21 lycéennes enlevées en 2014 par Boko-Haram ont été libérées le 13 octobre.

Plus de tolérance, plus de civilisation… En 2016, deux nouveaux pays ont rejoint le club des abolitionnistes de la peine capitale, ce qui porte à 103 ses effectifs. Trois nouveaux pays ont légalisé l'homosexualité, pendant que la Colombie et le Groenland instituaient le mariage homosexuel et que l'Italie adoptait une union civile.

En matière écologique, un an après le sommet de la COP21, l'accord de Paris sur le climat est entré en vigueur. Au Costa Rica le pays a tourné pendant plus de 7 mois avec 100 % d'énergies renouvelables, principalement hydraulique, éolien ou géothermie. 50 millions d'arbres ont été plantés en une seule journée en Inde, un record validé par le Guinness Book. Et c'est dans ce même pays qu'a été ouverte en 2016 la plus grande centrale solaire au monde.
Bonnes nouvelles pour la biodiversité, les pandas géants ont quitté la catégorie des espèces menacées d'extinction et les parcs Seaworld ont promis de ne plus accueillir d'orques en captivité.

En matière de santé publique, on peut se réjouir de la fin de l'urgence mondiale mise en place autour des virus Zika et Ebola. En France, après promulgation en janvier de la loi santé, fortement controversée, il faut saluer la généralisation du tiers payant, la simplification des modalités de délivrance de la pilule du lendemain et l'expérimentation des salles de shoot dont une première a été ouverte le 17 octobre dans l'hôpital Lariboisière (Paris 10e).

Ébranlée par les attentats de 2015 et 2016, la société française continue de faire preuve de résilience. Dans une modernité inquiétante où les repères sont vite frappés d'obsolescence, elle s'en cherche confusément de nouveaux. Certains reviennent aux valeurs du passé dans une tentation vintage un brin désespérée. D'autres explorent de nouvelles voies comme le mouvement Nuit Debout, sans leader, qui, au printemps, a contesté les institutions économiques et politiques et touché une centaine de villes françaises.

Oui, 2016 a connu aussi son actualité heureuse. Je vous souhaite pour 2017 de continuer à prendre des distances avec le récit catastrophiste que nous inflige la une des grands médias. L'actualité la plus riche est celle que vous créez vous-même à travers votre vie, vos projets, vos grandes réalisations, vos petits bonheurs de chaque instant. Belle année à vous !

Alternée au pas ? Après une timide journée en 1997, 2014 et 2015, voilà que nous avons vécu fin 2016 six jours de circulation alternée en Ile de France. Il faut dire que l'épisode de pollution est historique. Il concerne Paris mais aussi Grenoble, Lyon, Chambéry et le département de l'Yonne… Il se peut en outre que ça ne soit pas fini, vues les conditions météo inhabituelles pour la saison. Six jours en circulation alternée, plaques d'immatriculation paires autorisées les jours pairs, plaques impaires les jours impairs. Et pas de révolution en vue…

Avec un certain retard à l'allumage, les grands médias se sont mis à faire leur travail d'information sur les dégâts que provoque la pollution de l'air sur la santé. Cela n'a pas empêché la grogne gauloise d'être au rendez-vous avec des arguments qui font mouche, parfois. La mesure serait injuste parce qu'elle touche indistinctement les véhicules les plus et les moins polluants ? Soit. Pourquoi ne pas avoir mis un coup d'accélérateur sur la vignette, "certificat qualité de l'air", mise en place officiellement depuis le mois de juillet ?

Autre argument qui porte : la circulation alternée ferait porter la charge de manière déséquilibrée sur les automobilistes alors qu'on sait que la pollution de l'air est due à parts égales au transport, au chauffage au bois et à l'industrie. Certains, du reste, ont prétendu que l'épisode avait pour cause les émissions des centrales à charbon allemandes. En réalité il semble que ce ne soit pas le cas. On sait maintenant déterminer de manière exacte la composition des particules fines. Cet épisode-ci aurait trouvé son origine dans le transport et le chauffage au bois. De fait, la circulation alternée a été accompagnée de restriction sur les feux de cheminée et sur les brûlages des déchets verts en Ile de France. Mais qui l'a su ?

Il est certain que l'esprit civique français, souvent fragile, ne peut fonctionner que si chacun a le sentiment de porter la juste part du fardeau. Pour que les mesures sur la circulation soient acceptées par une majorité de nos concitoyens, il faudrait qu'elles soient accompagnées de mesures aussi draconiennes sur le chauffage au bois, sur la pollution industrielle et agricole. Et il faudrait le faire savoir.

Mais avant tout, on attend désespérément qu'une véritable politique soit mise en place et qu'on arrête de ne s'occuper de la pollution de l'air qu'au moment des pics !

Chronique du front. Ça devient de plus en plus difficile de manger du poisson. Je veux dire en choisissant du bon, sain et durable. Et pourtant je suis amateur de poissons et de fruits de mer de toutes sortes, à foison ! J'ai même été "poissontarien" à une certaine époque de ma vie.

Il y a quelques années nous avions fait sur Vie Saine et Zen une analyse sur le meilleur choix de poissons compte tenu de leur teneur en oméga-3, de leur contamination possible par les polluants organiques persistants et de leur abondance dans les mers et les océans (Voir : Vous reprendrez bien du poisson). Nous avions obtenu un joli tableau à trois entrées qui traduisait déjà la complexité qu'il y avait à consommer du poisson. Dans le Top5 des meilleurs choix nous avions dans l'ordre : le maquereau, le hareng, l'anchois, la sardine et le saumon. Je pense que nous aurions le même résultat aujourd'hui.

Concernant le saumon, les indicateurs sont au vert sauf celui de la contamination. Il s'agit d'un poisson prédateur et, à ce titre, il contient un fort taux de métaux lourds quand il est à l'état sauvage. Alors il est logique de se rabattre sur le saumon d'élevage bio. Patatras ! Voilà qu'un test récent de "60 Millions de consommateurs" vient révéler que le saumon d'élevage bio contient plus de métaux lourds que le saumon d'élevage non bio. C'est le monde à l'envers : le bio serait-il plus pollué que le non bio ?

À y regarder de plus près c'est paradoxalement parce qu'il est bio que le saumon d'élevage est plus pollué : c'est parce qu'il mange plus de poissons et crustacés sauvages qui contiennent plus de polluants. Mais il ne faut pas s'y tromper, le saumon d'élevage non bio contient sans doute moins de métaux lourds mais il est gavé d'antibiotiques, d'hormones ou dérivés, de différents produits destinés à accélérer sa croissance et augmenter son poids. À tout prendre il semblerait qu'on soit fondé à choisir malgré tout le saumon d'élevage bio. De préférence norvégien car les norvégiens ont l'air particulièrement à cheval sur les critères environnementaux.

Pour nous rassurer on nous dit que les taux de polluants retrouvés dans les saumons sont très en dessous des seuils fixés par le législateur, dix fois en dessous pour le mercure. Euh… Je ne sais pas vous mais moi, ça me rassure moyen. On sait que les seuils sont fixés selon des critères qui ont peu à voir avec la santé humaine et l'exemple des perturbateurs endocriniens montre que ce n'est pas la dose qui fait le poison.

Il est donc vrai que l'épisode a de quoi refroidir. Cela fait plusieurs années que j'ai considérablement réduit ma consommation de poisson et je ne vais plus au-delà d'une ou deux fois par semaine. Ma consommation de saumon deviendra désormais exceptionnelle.
Manger sainement devient une bagarre quotidienne. Ceci était une chronique du front.