TOUS LES ÉDITOS

Mieux encadrer les prix pour permettre aux agriculteurs de vivre de leur activité et pour éviter les scandales alimentaires… Les intentions des États Généraux de l'alimentation qui se sont tenus l'automne dernier étaient bonnes. Mais…

Mais rien de concret n'en est sorti et les mesures gouvernementales qui doivent suivre ne sont prévues que pour l'été. Limitation prévue des promotions, hausse du seuil de revente à perte, fixation des prix basés sur les coûts de production… Nous verrons ce qui sera décidé par l'exécutif. À ce stade rien ne garantit que le renforcement des marges des grandes surfaces qui s'en suivra passera dans l'escarcelle des paysans. Rien ne dit que les nouveaux prix ne pourront pas être contournés, par exemple par des achats à l'étranger.

En attendant, il semble que depuis le début de l'année tout ait repris comme avant. Business as usual. Les négociations bilatérales entre les producteurs et les acteurs de la grande distribution se déroulent comme si rien ne s'était passé, avec toujours la même arrogance de la part de ces derniers. Mais faut-il s'en étonner ? Le rapport de forces est dans leurs gênes. Ils ont grandi en faisant jouer les économies d'échelle et en brandissant le référencement dans leur rayons comme une arme de guerre. Ils ont gagné la bataille des prix avec la concurrence en échangeant du volume de commande contre du prix bas. Lorsqu'ils négocient avec Nestlé ou Coca Cola on peut imaginer que le dialogue est à peu près équilibré. Lorsqu'ils traitent avec les agriculteurs, ils ne font pas la différence. Parce qu'ils ne savent pas faire autrement. Tout se passe comme s'il s'agissait d'une disposition ontologique à la prédation.
Au passage, ils ont détruit les centres villes de la plupart des agglomérations françaises avec la complicité des collectivités locales. Et ils sont en passe, on l'a vu avec la récente crise du lait, de détruire purement et simplement une agriculture hexagonale sinistrée.

La grande distribution semble donner parfois des gages de bonne volonté en encourageant des filières vertueuses. Certains groupes font même des efforts louables en terme de traçabilité ou de bilan carbone. Mais il ne s'agit souvent à l'arrivée que d'opérations de communication.

Tant que les pouvoirs publics seront défaillants dans notre pays, la seule clé qui permette de renverser la vapeur, c'est nous. Ce sont les consommateurs. Mais encore faudrait-il que nous acceptions de payer ce que nous mangeons à son juste prix ! Je répète depuis longtemps que nous votons tous les jours avec notre carte de crédit. Si nous faisons nos courses chez Carrefour, Auchan et consorts, nous élisons le monde qui va avec. Un monde où notre santé est menacée par la malbouffe, où les agriculteurs ne peuvent plus vivre de leur travail, où les centres-villes sont devenus des déserts. Si ce monde nous convient, tout va bien. Si ce n'est pas le cas, qu'attendons-nous pour éviter les grandes surfaces et consommer bio, local, de saison, en circuits courts ?

Comme chaque année, en ce début 2018, je trouve intéressant de s'extraire de l'actualité catastrophiste qui a traversé 2017 : guerres, attentats et massacres, foucades sinistres de Donald Trump, ouragans aux noms paradoxalement exquis (Irma, Maria ou Ophélia) séismes en Italie ou au Mexique, inondations en Inde, au Népal ou au Bengladesh…

La civilisation humaine a gagné du terrain, parfois, en 2017. Lorsque la débâcle de Daech est devenue inexorable, au Proche-Orient, avec la chute de Mossoul et de Raqqa. Lorsque la paix a été conclue avec les FARC en Colombie. Lorsque Ratko Mladic, surnommé le "boucher des Balkans", a été condamné pour génocide et crimes contre l'humanité. Lorsque le jeu démocratique a fonctionné : en Iran avec l'élection du président modéré, Hassan Rohani, ou au Zimbabwe, avec la démission in fine de Robert Mugabe, le plus vieux chef d'état au monde, et l'élection d'Emmerson Mnangagwa.

Dans le monde des affaires, l'éthique a progressé avec la révélation des Paradise Papers, en novembre, permettant d'établir un lien entre les paradis fiscaux et de nombreuses personnalités ou multinationales. Après les Panama Papers en 2016, il est réconfortant de savoir que des journalistes indépendants veillent au grain. Il s'agit d'un consortium international de journalistes d'investigations parmi lesquels on trouve, pour la France, des membres de Mediapart ou de l'excellente émission télé Cash Investigation.

Les publications du New York Times, le 5 octobre, relayant les accusations de harcèlement sexuel à l'encontre du producteur Harvey Weinstein, ont déclenché un mouvement d'ampleur mondiale de dénonciation des violences sexuelles et sexistes ordinaires. Même si la forme en est parfois maladroite, c'est une formidable avancée pour les trop nombreuses victimes.

Bonne nouvelle pour la planète : le trou de la couche d'ozone est en train de disparaître, excellent exemple de réussite pour la coopération internationale. Et malgré la sortie officielle des États-Unis de l'accord de Paris, 1 000 entreprises et collectivités de la première puissance mondiale ont annoncé le 5 juin qu'elles poursuivront les objectifs de la COP 21.

Côté science, il y a de belles avancées… Des virus pour lutter contre d'autres virus : la phagothérapie a fait une percée en 2017, à Lyon, à l'hôpital de la Croix Rousse, où deux patients ont été traités avec succès. Par ailleurs, en attribuant le prix Nobel de médecine à l'horloge biologique, les sages de Stockholm ont légitimé les conceptions médicales traditionnelles orientales en matière de cycles circadiens. La plus grande centrale solaire flottante au monde est entrée en service en Chine le 31 mai. Elle est capable d'alimenter l'équivalent de 16 000 foyers.

En France, on a assisté bouche bée à un bouleversement politique qui a vu la distanciation de l'extrême droite et l'élimination des grands partis sclérosés, PS et LR, du second tour de l'élection majeure de notre pays. À la clé, une (légère) progression de la moralisation de la vie politique, une mise en avant de la société civile et l'arrivée à l'Élysée d'un nouveau président trentenaire, modéré, adepte du pragmatisme et de la "bienveillance".

Et puis de Simone Veil à Jean d'Ormesson en passant par Jeanne Moreau, Mireille Darc, Gisèle Casadesus, Danielle Darieux, Victor Lanoux, Claude Rich, Jean Rochefort, Robert Hirsch, Johnny Hallyday… L'incroyable défilé des disparitions de figures familières et populaires nous a permis de communier autour de leur souvenir avec souvent beaucoup d'émotion. Ces sentiments partagés font aussi nation.

Comme le rappelle Matthieu Ricard* : "La vaste majorité des relations humaines sont constructives plutôt que destructrices. Contrairement aux idées reçues, la violence n'a cessé de diminuer au fil des siècles. Au 14e siècle en Europe, on comptait 100 homicides par an pour 100 000 habitants. Aujourd'hui ce chiffre est tombé à 1. (…) Les sévices et abus infligés aux enfants ont diminué de moitié aux États-Unis durant les vingt dernières années. (…) En vingt ans le nombre des personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté est tombé de 1,5 milliard à 750 millions. C'est encore beaucoup trop, mais ce nombre est en baisse constante."

On sait que l'homo sapiens est programmé pour se mettre en alerte dès qu'il perçoit un danger alors qu'il a peu de mémoire pour les évènements heureux. Mais il est toujours possible d'aller au-delà de nos instincts et de prendre en compte l'ensemble de la réalité du monde, sans occulter sa part positive.
Que 2018 vous apporte joie, bonheur, plénitude, harmonie avec vous-même, les autres et la planète !

 

*HuffPost : En 2018, soyons altruiste, c'est ce qui peut nous sauver, nous et notre planète

Pourquoi continuons-nous à nous auto-agresser alors que tous les voyants sont là pour nous révéler la triste réalité de la destruction de l'environnement ? Déforestation, braconnage sur terre et en mer, pillage des ressources minières, artificialisation des sols, pollutions industrielles, agriculture intensive avec usage massif de pesticides… Tout est aujourd'hui connu, démontré, avéré. Et la situation semble se dégrader plus vite que ne le décrivaient les prévisions les plus pessimistes. 
Il y a 25 ans, un texte réunissait 1 700 scientifiques pour alerter sur ces questions. Ils étaient 15 000, le 13 novembre dernier, à publier un cri d'alarme : "Particulièrement troublante est la trajectoire actuelle d'un changement climatique potentiellement catastrophique".

Le taux de CO2 dans l'atmosphère terrestre n'a jamais été aussi élevé depuis au moins 800 000 ans. Ses émissions sont reparties à la hausse cette année (environ +2 %). Cet été, les chercheurs estimaient à 5 % les chances de limiter le réchauffement à 2°C.
L'étude allemande qui a mis en lumière tout récemment la disparition en 30 ans de 75 % des insectes a particulièrement marqué les esprits : l'homme a manifestement déclenché un processus d'extinction de masse de la biodiversité.
Comment peut-on ne pas comprendre que la nature, c'est nous ? Que détruire les écosystèmes, c'est oeuvrer à notre propre destruction ?

Nous avons cru ces dernières années que la bataille des idées était gagnée. Aujourd'hui, en paroles, tout le monde serait écolo. En réalité, Donald Trump a été un bon baromètre montrant que, pour beaucoup de gens, lorsqu'il faut toucher à son petit confort et à ses propres intérêts, l'environnement c'est pour les autres.
"Nous mettons en péril notre avenir en refusant de modérer notre consommation matérielle intense mais géographiquement et démographiquement inégale", disent les scientifiques.

En cette période de trêve de Noël où nous mettons l'accent sur nos liens d'amour avec nos proches, nous serions bien inspirés de considérer notre relation avec la planète et tous les êtres qui y vivent. Limitons le gaspillage et la surconsommation ! Faisons la paix avec la nature, faisons la paix avec nous-mêmes ! Et pour paraphraser un poète latin, j'ajouterai : il est déjà tard pour s'y mettre aujourd'hui, le sage a commencé hier.

Difficile de comprendre comment on peut faire une erreur de cette taille en commençant un quinquennat ! Le gouvernement vient d'annoncer par la voix de son premier ministre qu'il allait rendre obligatoire 11 vaccins pour les nourrissons. Aux trois vaccins obligatoires (DTP) on va donc ajouter : coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C.

Si elle se confirme, cette décision est mauvaise. Principalement pour trois raisons :
- elle est discutable sur le plan scientifique et nécessiterait plus d'investigations préalables ;
- elle risque d'entamer encore plus la confiance déjà chancelante envers le médicament ;
- elle est politiquement désastreuse.

Ses effets en terme de santé publique sont en effet douteux. Selon certains experts, le rapport bénéfice/risque de certains de ces vaccins devrait être réévalué du fait de leurs effets secondaires, d'autres ont une efficacité peu prouvée, d'autres encore ne répondent à aucune nécessité chez le jeune enfant (l'hépatite B est une maladie sexuellement transmissible).

Par ailleurs elle risque d'être contre-productive. Nous ne sommes plus dans un temps, surtout après les scandales sanitaires à répétition de ces dernières années, où les citoyens acceptent sans broncher les injonctions des autorités. L'époque est à l'information, à la recommandation, à la persuasion. On ne peut pas dire d'un côté que le citoyen doit s'impliquer dans la vie publique, que le patient doit être acteur de sa santé et de l'autre lui confisquer son libre arbitre de manière comminatoire. Le résultat sera de multiplier les faux certificats de vaccination et de renforcer le rejet de la médecine conventionnelle.

Enfin cette décision donne des arguments en or aux complotistes de tous poils. Ses premiers bénéficiaires sont effectivement les laboratoires pharmaceutiques qui verront leur chiffre d'affaires augmenter d'une centaine de millions d'euros. Pour un gouvernement accusé d'être l'émanation des lobbies, on fait plus habile comme entrée en matière…

Puisque la pétition semble être un outil à la mode, encouragé par le Président de la République lui-même, on peut songer à signer. Plusieurs versions circulent. Chacun choisira celle qui lui convient. Par exemple celle-ci, sur change.org, semble assez raisonnable ou celle-ci, plus documentée, d'Alternative Santé.

Comme les hommages (mérités) à Simone Veil se multiplient, ajoutons à la mémoire de son brillant combat pour le droit à l'avortement le fait qu'elle ait supprimé en 1980 l'obligation vaccinale contre la variole. Ce vaccin avait provoqué chez des enfants des encéphalites varioliques et les risques encourus étaient devenus plus grands que celui de contracter la maladie. La décision était courageuse. C'était quand une ministre de la santé s'occupait de la santé publique…

On deviendrait presque blasés. La routine, quoi ! Le boom du bio se confirme et s'amplifie en 2016. L'Agence Bio annonce une croissance de 20 % qui fait suite à deux années consécutives à 15 % ! Aujourd'hui 69 % des Français disent consommer régulièrement du bio, au minimum une fois par mois. Les magasins spécialisés voient leurs ventes augmenter de 25 % sur l'année 2016. Les Français veulent du bio partout : chez eux, dans les restaurants, les cantines, les hôpitaux, les maisons de retraite… Ils attendent davantage de bio dans les grandes surfaces, sur les marchés, chez les artisans…

La demande de bio se fait de plus en plus pressante. Pour y répondre il serait donc logique de rentrer dans une dynamique de développement de grande ampleur des exploitations labellisées. En pleine crise de l'agriculture, dans un secteur manifestement porteur d'avenir comme celui-ci, on pourrait espérer que les autorités soient à la pointe du mouvement avec une politique incitative vigoureuse pour encourager les conversions.

Et voilà qu'on apprend que l'État accuse un retard de deux ans dans le versement des aides à l'agriculture bio ! Incompréhensible. La Fédération Nationale d'Agriculture Biologique (FNAB) a mobilisé ses adhérents sur cette question. Le gouvernement s'est engagé à régler 80 % des sommes dues pour 2016 au 31 mars prochain. Mais les soldes 2015 des aides ne sont toujours pas réglés et leur versement n'est pas prévu avant le deuxième semestre 2017.

En pleine campagne présidentielle, on serait en droit d'attendre le programme de chaque candidat sur cette question. Mais pour l'instant la pollution des affaires crée un brouillard dans lequel il est bien difficile de repérer les vrais enjeux de demain.

Comment s'extraire du Brexit, de l'élection de Donald Trump, du martyre d'Alep, des attentats terroristes aux États-Unis, en Turquie, en Allemagne, en France… ? Comment oublier le cyclone des îles Fidji, l'ouragan Matthew en Haïti, les séismes en Italie, en Équateur et dans l'ouest de l'Indonésie, la fonte record de la banquise, les pics de pollution répétés et durables dans une large partie de la France… ? Comment zapper le scandale de la Depakine, l'accident clinique de Rennes, l'explosion des prix des médicaments contre le cancer… ? Comme chaque année, malgré une actualité sévère, il s'est passé en 2016 des évènements susceptibles de redonner espoir dans le genre humain.

La paix a progressé sur le continent américain où il n'existe plus de conflit impliquant une armée nationale. La guerre civile qui opposait le gouvernement colombien aux FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) a pris fin après un accord voté le 30 novembre par le Congrès. En voie d'apaisement également les relations tumultueuses entre les États-Unis et Cuba… Après plus de 60 ans d'embargo, Barack Obama y a fait une visite historique. En Afrique, 21 lycéennes enlevées en 2014 par Boko-Haram ont été libérées le 13 octobre.

Plus de tolérance, plus de civilisation… En 2016, deux nouveaux pays ont rejoint le club des abolitionnistes de la peine capitale, ce qui porte à 103 ses effectifs. Trois nouveaux pays ont légalisé l'homosexualité, pendant que la Colombie et le Groenland instituaient le mariage homosexuel et que l'Italie adoptait une union civile.

En matière écologique, un an après le sommet de la COP21, l'accord de Paris sur le climat est entré en vigueur. Au Costa Rica le pays a tourné pendant plus de 7 mois avec 100 % d'énergies renouvelables, principalement hydraulique, éolien ou géothermie. 50 millions d'arbres ont été plantés en une seule journée en Inde, un record validé par le Guinness Book. Et c'est dans ce même pays qu'a été ouverte en 2016 la plus grande centrale solaire au monde.
Bonnes nouvelles pour la biodiversité, les pandas géants ont quitté la catégorie des espèces menacées d'extinction et les parcs Seaworld ont promis de ne plus accueillir d'orques en captivité.

En matière de santé publique, on peut se réjouir de la fin de l'urgence mondiale mise en place autour des virus Zika et Ebola. En France, après promulgation en janvier de la loi santé, fortement controversée, il faut saluer la généralisation du tiers payant, la simplification des modalités de délivrance de la pilule du lendemain et l'expérimentation des salles de shoot dont une première a été ouverte le 17 octobre dans l'hôpital Lariboisière (Paris 10e).

Ébranlée par les attentats de 2015 et 2016, la société française continue de faire preuve de résilience. Dans une modernité inquiétante où les repères sont vite frappés d'obsolescence, elle s'en cherche confusément de nouveaux. Certains reviennent aux valeurs du passé dans une tentation vintage un brin désespérée. D'autres explorent de nouvelles voies comme le mouvement Nuit Debout, sans leader, qui, au printemps, a contesté les institutions économiques et politiques et touché une centaine de villes françaises.

Oui, 2016 a connu aussi son actualité heureuse. Je vous souhaite pour 2017 de continuer à prendre des distances avec le récit catastrophiste que nous inflige la une des grands médias. L'actualité la plus riche est celle que vous créez vous-même à travers votre vie, vos projets, vos grandes réalisations, vos petits bonheurs de chaque instant. Belle année à vous !

Alternée au pas ? Après une timide journée en 1997, 2014 et 2015, voilà que nous avons vécu fin 2016 six jours de circulation alternée en Ile de France. Il faut dire que l'épisode de pollution est historique. Il concerne Paris mais aussi Grenoble, Lyon, Chambéry et le département de l'Yonne… Il se peut en outre que ça ne soit pas fini, vues les conditions météo inhabituelles pour la saison. Six jours en circulation alternée, plaques d'immatriculation paires autorisées les jours pairs, plaques impaires les jours impairs. Et pas de révolution en vue…

Avec un certain retard à l'allumage, les grands médias se sont mis à faire leur travail d'information sur les dégâts que provoque la pollution de l'air sur la santé. Cela n'a pas empêché la grogne gauloise d'être au rendez-vous avec des arguments qui font mouche, parfois. La mesure serait injuste parce qu'elle touche indistinctement les véhicules les plus et les moins polluants ? Soit. Pourquoi ne pas avoir mis un coup d'accélérateur sur la vignette, "certificat qualité de l'air", mise en place officiellement depuis le mois de juillet ?

Autre argument qui porte : la circulation alternée ferait porter la charge de manière déséquilibrée sur les automobilistes alors qu'on sait que la pollution de l'air est due à parts égales au transport, au chauffage au bois et à l'industrie. Certains, du reste, ont prétendu que l'épisode avait pour cause les émissions des centrales à charbon allemandes. En réalité il semble que ce ne soit pas le cas. On sait maintenant déterminer de manière exacte la composition des particules fines. Cet épisode-ci aurait trouvé son origine dans le transport et le chauffage au bois. De fait, la circulation alternée a été accompagnée de restriction sur les feux de cheminée et sur les brûlages des déchets verts en Ile de France. Mais qui l'a su ?

Il est certain que l'esprit civique français, souvent fragile, ne peut fonctionner que si chacun a le sentiment de porter la juste part du fardeau. Pour que les mesures sur la circulation soient acceptées par une majorité de nos concitoyens, il faudrait qu'elles soient accompagnées de mesures aussi draconiennes sur le chauffage au bois, sur la pollution industrielle et agricole. Et il faudrait le faire savoir.

Mais avant tout, on attend désespérément qu'une véritable politique soit mise en place et qu'on arrête de ne s'occuper de la pollution de l'air qu'au moment des pics !

Chronique du front. Ça devient de plus en plus difficile de manger du poisson. Je veux dire en choisissant du bon, sain et durable. Et pourtant je suis amateur de poissons et de fruits de mer de toutes sortes, à foison ! J'ai même été "poissontarien" à une certaine époque de ma vie.

Il y a quelques années nous avions fait sur Vie Saine et Zen une analyse sur le meilleur choix de poissons compte tenu de leur teneur en oméga-3, de leur contamination possible par les polluants organiques persistants et de leur abondance dans les mers et les océans (Voir : Vous reprendrez bien du poisson). Nous avions obtenu un joli tableau à trois entrées qui traduisait déjà la complexité qu'il y avait à consommer du poisson. Dans le Top5 des meilleurs choix nous avions dans l'ordre : le maquereau, le hareng, l'anchois, la sardine et le saumon. Je pense que nous aurions le même résultat aujourd'hui.

Concernant le saumon, les indicateurs sont au vert sauf celui de la contamination. Il s'agit d'un poisson prédateur et, à ce titre, il contient un fort taux de métaux lourds quand il est à l'état sauvage. Alors il est logique de se rabattre sur le saumon d'élevage bio. Patatras ! Voilà qu'un test récent de "60 Millions de consommateurs" vient révéler que le saumon d'élevage bio contient plus de métaux lourds que le saumon d'élevage non bio. C'est le monde à l'envers : le bio serait-il plus pollué que le non bio ?

À y regarder de plus près c'est paradoxalement parce qu'il est bio que le saumon d'élevage est plus pollué : c'est parce qu'il mange plus de poissons et crustacés sauvages qui contiennent plus de polluants. Mais il ne faut pas s'y tromper, le saumon d'élevage non bio contient sans doute moins de métaux lourds mais il est gavé d'antibiotiques, d'hormones ou dérivés, de différents produits destinés à accélérer sa croissance et augmenter son poids. À tout prendre il semblerait qu'on soit fondé à choisir malgré tout le saumon d'élevage bio. De préférence norvégien car les norvégiens ont l'air particulièrement à cheval sur les critères environnementaux.

Pour nous rassurer on nous dit que les taux de polluants retrouvés dans les saumons sont très en dessous des seuils fixés par le législateur, dix fois en dessous pour le mercure. Euh… Je ne sais pas vous mais moi, ça me rassure moyen. On sait que les seuils sont fixés selon des critères qui ont peu à voir avec la santé humaine et l'exemple des perturbateurs endocriniens montre que ce n'est pas la dose qui fait le poison.

Il est donc vrai que l'épisode a de quoi refroidir. Cela fait plusieurs années que j'ai considérablement réduit ma consommation de poisson et je ne vais plus au-delà d'une ou deux fois par semaine. Ma consommation de saumon deviendra désormais exceptionnelle.
Manger sainement devient une bagarre quotidienne. Ceci était une chronique du front.

Tous les ingrédients y étaient. Les effets secondaires graves d'un médicament, la mère de la victime démunie, le laboratoire pharmaceutique prêt à tout pour défendre ses profits, la lutte juridique de la lanceuse d'alerte, ses difficultés, sa victoire… Pour qui a suivi l'affaire du Mediator, le cocktail était complet. On avait juste changé le nom du médicament et son indication, censée soigner le rhume. (En passant, il faudra se précipiter au cinéma pour voir "La fille de Brest" d'Emmanuelle Bercot, un film qui retrace de manière fidèle l'histoire d'Irène Frachon et du Médiator). Je ne suis pas fan des téléfilms. Mais exceptionnellement ce mercredi soir, le sujet m'avait attiré devant mon poste… Malgré la grosseur des ficelles du scénario, j'ai pu regarder jusqu'au bout "Envers et contre tous". Probablement grâce l'interprétation des excellents Cécile Bois et Loup-Denis Élion.

Suivait un débat sur le thème : "Scandales des médicaments : à qui la faute ?". Les témoignages de deux victimes, l'une de la Depakine, l'autre du Distilbène, étaient mesurés, dignes et bouleversants. La suite est plus surprenante. On attendait la réponse des médecins et de l'industrie pharmaceutique et Patrick Errard, président du LEEM (Les entreprises du médicament), était sur le plateau ainsi que Dominique Martin, directeur de l'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament). Les yeux dans les yeux, face aux victimes, qu'avaient-ils à dire ? Que des procédures juridiques étaient en cours, que les médicaments soignaient plein de gens avec succès, que l'administration était parfois trop lente… Un peu court, jeune homme ! On attendait sinon un mea culpa, du moins un diagnostic sur les raisons de ces scandales à répétition et sur les dérives de l'industrie pharmaceutique ces dernières années. On attendait les mesures que la profession compte mettre en oeuvre pour éviter que se reproduisent à l'avenir de telles catastrophes. Pourquoi pas une charte éthique ? On espérait un reportage concernant les programmes des candidats à la présidentielle sur ce sujet. Rien de tout cela, hormis quelques propos lénifiants.

Ce qui était encore plus étrange, c'est que la deuxième partie du débat avait été montée. Parfois même avec des coupes franches, à la limite du sauvage. L'ensemble durait 50 minutes pour une durée annoncée de 75. On peut se demander si le plus intéressant n'était pas dans ces 25 minutes que nous ne verrons jamais...

De nos jours, il n'est pas facile de se frayer un chemin pour vivre sainement, le plus longtemps possible en bonne santé ! Aux dernières Rencontres des Médecines Alternatives et Complémentaires de l'hôpital Tenon, samedi dernier, Céline Hess-Halpern* faisait une synthèse des conclusions qu'elle a tirées de son expérience d'avocate spécialisée en droit de la santé. Partant du principe que 80 % des polluants se trouvent dans nos assiettes et compte tenu des incertitudes sur les OGM, elle préconise avant toute chose… de manger bio. Elle renvoie les sceptiques dans les cordes, rapports toxicologiques en main : on peut en toute tranquillité manger bio, labellisé français ou étranger. "Je n'ai jamais eu un procès sur le faux bio !", ajoute-t-elle.

Voici la liste de ses autres conseils qui sembleront sans doute familiers à nos lectrices et lecteurs…
- Éviter les additifs : il y en a plus de 400 autorisés en conventionnel, dont beaucoup sont toxiques, et seulement 47 en bio, qui sont, eux, inoffensifs. "Le pire est le E621, le glutamate de sodium, qui crée une addiction au produit." Autre exemple : le E150D, ce colorant noir cancérigène, qui est présent en France dans les colas à un taux particulièrement élevé.
- Fuir les nanoparticules qui, selon certaines études, après accumulation, peuvent induire les maladies d'Alzheimer et de Parkinson. "À éviter en priorité le dioxyde de titane, un colorant qui rend plus blanc que blanc, et qu'on trouve notamment dans les confiseries pour enfants !"
- Filtrer l'eau du robinet pour éviter les résidus de polluants (dont le chlore) et varier sa consommation d'eaux.
- Utiliser un mode de cuisson douce, pas plus de 120°C, pour éviter le grillé qui est cancérigène.
- Préférer les poêles en fonte non revêtue aux poêles antiadhésives.
- Pas de contenant en plastique pour le chaud : plutôt des contenants en verre.
- Zapper les sucres blancs, raffinés : les remplacer par les non raffinés bio.

Au même moment avait lieu à La Haye le fameux tribunal citoyen informel destiné à instruire le procès virtuel de Monsanto. OGM, pesticides (dont le fameux glyphosate), monopole sur les semences, récoltes ruinées, animaux empoisonnés, enfants malades… Les charges étaient lourdes et portées aussi bien par des agriculteurs français, argentin ou burkinabé que par un apiculteur mexicain ou une paysanne bangladaise. Victimes, experts scientifiques ou juridiques, toxicologues, vétérinaires… Jamais une marque n'aura attiré sur elle autant d'opprobre ! Selon Françoise Tulkens, la présidente, les cinq juges de ce "tribunal pédagogique" ne prononceront pas un jugement mais rendront dans quelques semaines un avis consultatif, "dont j’espère qu’il aura une influence sur le droit international des droits de l’homme et permettra des ouvertures pour les victimes".

Nous faisons partie de ces victimes potentielles de Monsanto. Nous serions bien avisés de faire preuve de vigilance au quotidien, dans nos actes de consommation aussi bien que dans nos gestes professionnels. Les grandes actions internationales ont leur utilité. Mais nous ne pouvons pas nous en contenter. Nous serons effectivement les jouets de ce système d'apprentis sorciers si nous ne sommes pas assez attentifs pour nous frayer un chemin raisonnable et raisonné, comme celui que conseille Céline Hess-Halpern, vers une vie saine et zen…

 

*Auteure notamment de Tout ce qu'on nous fait avaler, éditions Albin Michel