TOUS LES ÉDITOS

Franck ArguillèreApparemment ce sont nous, les citoyens, qui avons été les bons élèves au cours de ces cinq ans.
Avec la Conférence Environnementale des 14 et 15 septembre, l'heure est au bilan de l'évolution verte de la société française. Et on se rend compte au cours de ces cinq dernières années, que les points positifs sont liés à nos comportements : nous produisons de moins en moins d'ordures ménagères, nous les trions mieux, nous consommons moins d'énergie.

C'est même plus que cela : on voit dans la société un fourmillement d'initiatives au sein desquelles émergent une économie plus positive, plus sobre, plus circulaire, plus collaborative. Et les emplois verts connaissent une croissance supérieure à celle des autres secteurs.

Pourtant des retards incompréhensibles ont été pris : par exemple dans le domaine des énergies renouvelables, notamment l'éolien ; dans l'agriculture, où un modèle durable tarde à émerger avec une utilisation des pesticides toujours à la hausse et un développement du bio à pas de fourmi. Un certain discours fait toujours la part belle au nucléaire, au gaz de schiste… Et la France roule encore majoritairement au diesel.

Alors qui sont les mauvais élèves ? Les autorités publiques, des lobbies industriels, les écolo-sceptiques... ? Ce qui est certain c'est qu'aujourd'hui nous avons besoin au plus haut niveau d'une vision et d'une véritable volonté politique en direction de l'économie de demain. Pour l'instant, sous prétexte de crise, nous voyons surtout des crispations sur les modèles d'hier.

Franck ArguillèreDes images, des histoires, des émotions ! Les JO de Londres ont fait souffler cet été un courant d'air frais dans le spectacle du sport. On a redécouvert qu'il n'y a pas que le foot et le cyclisme mais beaucoup de disciplines magnifiques à regarder et trop rares à l'écran : le trampoline, le plongeon, la gymnastique, l'athlétisme…

Il y a eu les larmes des blessés et des perdants, les cris de joie guerriers des gagnants. Il y a eu de beaux gestes et des personnalités touchantes sur le devant de la scène : le kenyan Kemboi dans les bras de Mekhissi, Yannick Agnel le nageur sympa qui ne se la donne pas, le frère et la sœur Manaudou qui s'embrassent devant les caméras du monde entier… Et celles et ceux dont on n'a pas beaucoup entendu parler : Kayla Harrison, la championne américaine de judo qui a surmonté la période où elle subissait le viol de son coach, Katherine Grainger, la médaillée d'or britannique en aviron qui a entrepris un doctorat en criminologie, Ruta Meilutyte, à 15 ans première médaillée d'or de son pays, la Lituanie (Rue 89 : Champions olympiques hors du commun, personne n’en a parlé !).

Certes on regrette l'inanité et le chauvinisme des commentaires des journalistes sportifs du service public. On n'oublie pas non plus le comportement singulier du CIO depuis de nombreuses années qui, en toute opacité, couvre les scandales de corruption, de dopages et de tricheries, fait le silence sur les manquements aux droits de l’homme des pays hôtes et préserve ses membres dans une impunité totale (Novethic : "Il y a une véritable opacité de l'institution olympique"). Mais on a envie de garder en mémoire la beauté du geste de certaines disciplines, la hauteur de la performance et du dépassement de soi, la qualité du fair-play, de l'esprit collectif et fraternel qui existe encore parfois…

Nul doute que la prolongation du show début septembre avec les jeux paralympiques apportera également son lot d'émotions (si on a la chance d'en apercevoir des miettes sur le petit écran).

Mais n'oublions pas en cette période de rentrée que le sport n'est pas qu'un spectacle. C'est avant tout une activité que nous avons besoin de pratiquer régulièrement (avec modération) pour nos sentir bien dans nos baskets.

Franck ArguillèreTongs, espadrilles ou sandales pour cet été ? Le choix est important car, le saviez-vous, nos chaussures nous trahissent ! J'ai toujours été frappé de constater combien nos grolles en disent long sur notre personnalité : se rehausser pour compenser un complexe d'infériorité ou par peur de manquer d'autorité ; faire du bruit en marchant pour être sûr d'être remarqué et faire entendre qu'on existe ; porter des couleurs vives pour marquer sa différence… Sans parler du coût de la chaussure qui est un indicateur social exprimant le pouvoir d'achat de la personne. Bref, nous pouvons être sûrs que nos chaussures parlent de nous.
Ces dernières années, l'arrivée des baskets urbaines à semelles plates et souples en dit long sur notre besoin de confort et de bien-être associé au désir de gommer les différences sociales.

Une étude américaine très sérieuse menée par des psychologues du Kansas a étudié la question avec un échantillon de 200 personnes de 18 à 55 ans. Conclusion : les bottines seraient plutôt portées par les agressifs, les godasses inconfortables par les calmes, les chaussures "neutres" par les introvertis, les modèles clinquants par les extravertis. Les plus entretenues seraient portées par les personnes angoissées, souffrant le plus de la peur de l'abandon.

Alors tongs, espadrilles ou sandales ? L'été nos pieds ont tendance à se découvrir… Et si l'on marchait pieds nus ? Cette fois c'est l'absence de chaussure qui exprime notre besoin de retour à la nature et d'écoute retrouvée de nos sensations.

Franck ArguillèreFaudra-t-il 24 ans comme pour l'amiante ? Ou 12 ans comme pour le Médiator ? Cette fois-ci combien de temps va-t-on attendre en France pour prendre des mesures sérieuses pour décourager le diésel ? L'OMS vient de le classer comme "cancérigène certain" et cela fait plus de 10 ans que les scientifiques accumulent les preuves quant au rôle néfaste des particules fines sur la santé : non seulement sur les cancers mais aussi et surtout sur les maladies cardiovasculaires.

Dès 2001, le Pr William Dab, titulaire de la Chaire hygiène et sécurité du Conservatoire national des arts et métiers préconisait de "prendre toutes les mesures possibles pour réduire le niveau d'exposition des populations urbaines aux particules fines, puisqu'il n'y a pas de seuil à l'impact sur la santé."

Avec 60 % du parc automobile qui roule au gazole, on s'est enferré dans l'erreur alors que les spécialistes nous disent depuis une dizaine d'années que l'avenir appartient à l'hybride et à l'électrique.

Aujourd'hui les industriels jouent les étonnés et plaident le fait que les moteurs diesel modernes émettent aujourd'hui beaucoup moins de particules qu'il y a dix ans sans voir que les taux de particules fines dans nos villes n'ont cessé d'augmenter. Et parce que le diésel dégage moins de CO2 que les moteurs à essence, ils avaient même prétendu qu'il était plus écologique !

Il serait dans l'intérêt de ces entreprises que leurs dirigeants aient une vision de leur secteur d'activité qui les incite à anticiper et accélérer les conversions nécessaires au vu des enjeux de santé publique. En attendant c'est aux législateurs que revient le devoir d'intervenir. Vite.

Franck ArguillèreFête des Mères, fête des Pères, nous y sommes. Et il y a aussi dans l'année celle des grands-mères, des secrétaires, des amoureux, des voisins… Alors pourquoi pas imaginer une fête des sœurs, des frères, des cousins, des amis… ? Des comptables, des médecins, des coiffeurs, des garçons de café, des chargés de mission… ? Des blagueurs, des mous du genou, des durs de la feuille, des emmerdeurs, des cons… Ça en fait, du monde à fêter ! On serait sûr de n'oublier personne et ça ferait marcher le commerce !

Il y a quelque chose d'insupportable dans la multiplication de ces passages obligés de la consommation, tous ancrés dans le chantage affectif : "si tu oublies ma fête, tu n'est pas un bon fils (petit-fils, patron, amoureux…)".

En France, la fête des Mères a été inscrite dans le calendrier sous le régime de Vichy et c'est la marque de briquet Flaminaire qui est à l'origine de celle des Pères après guerre. Dans les deux cas on peut rêver plus prestigieux comme démarrage !

Pourtant la célébration des parents est une tradition séculaire dans l'Histoire. Celle des mamans remonte à l'époque romaine, les "matronales" le 1er mars, et celle des papas au Moyen-âge, à la Saint-Joseph le 19 mars. Elle est aussi internationale : le Mother's Day est institué aux Etats-Unis en 1908, le Father's Day en 1910 et ils se sont généralisés à peu près partout dans le monde.

Faut-il donc boycotter ? Ou pourrait-on faire un effort, oublier le caractère marchand de ces festivités forcées et leur genèse française peu glorieuse ? Pourrait-on se sentir libre de faire un hommage à ses géniteurs ce jour-là, pour les remercier ou simplement pour reconnaître la difficulté du "métier" de parent ? Et pourquoi pas, faire un cadeau intelligent comme par exemple un don à une association de parents en difficultés…

Franck ArguillèreVous avez remarqué ? En sortant d'une soirée entre amis, sans savoir très bien pourquoi, il y a des fois où l'on a particulièrement l'impression d'avoir passé un bon moment. L'ambiance générale a été calme ou délirante, coincée ou débridée, l'espace de discussion a pu être phagocytée ou pas par une personnalité logorrhéique… Mais on se sent bien.
Si l'on est attentif, on constate simplement qu'à un moment de la soirée on a eu un créneau pour parler de soi, qu'on a pu évoquer des souvenirs, des préoccupations actuelles, des projets.

C'est un fait aujourd'hui reconnu par les scientifiques : parler de soi procure une sensation de plaisir. Une étude dans ce sens vient d'être publiée par un neuroscientifique de l'Université de Harvard qui a constaté que cela libérait de la dopamine et produisait donc un bien-être équivalent à celui de la nourriture ou du sexe.

Trouvons donc des oreilles accueillantes pour parler de nous ! Dans le temps il y avait les confesseurs, ils ne facturaient pas leur prestation mais le prix à payer était lourd en terme de culpabilité. Il y a aujourd'hui les psy mais ils vous passent la note à la sortie et font quelquefois des observations agaçantes. Il y a éventuellement les réseaux sociaux qui offrent un espace d'expression qui fait du bien. Mais le mieux est encore de se faire des amis. Et pas que sur Facebook.

Franck ArguillèreL'éco-résistance a le vent en poupe. Vous en avez entendu parler ? C'est une mode émergente qui a été favorisée, il est vrai, par la quasi absence des thèmes environnementaux dans cette campagne présidentielle. Aujourd'hui certains citoyens assument ouvertement leur ras-le-bol contre les mesures en faveur de l'écologie !
On pourrait être tenté de sourire face à une attitude qui pourrait être perçue comme obscurantiste ou provocatrice. Il faut dire qu'il y a un peu de tout dans les arguments qui sont avancés et la posture qui consiste à contester systématiquement ce qui fait consensus est assez répandue en France. Mais en y regardant de plus près, certains sujets méritent réflexion.

Deux exemples souvent cités : les ampoules fluocompactes éclairent mal et polluent l'environnement à cause du mercure qu'elles contiennent ; les biocarburants sont issus de cultures qui contribuent à la déforestation en Amérique du Sud.

Un rapport publié tout récemment par l’OIT (Organisation Internationale du Travail) pointe du doigt toute une série d'absurdités de ce type.
De nombreux produits de substitution seraient aussi voire plus polluants que ceux qu'ils doivent remplacer. Exemple : les hydrosilanes envisagés pour remplacer dans les pressings le perchloréthylène dont la toxicité est avérée.
Par ailleurs a-t-on toujours pris en compte l'exposition aux risques dans le cadre des emplois verts ? Notamment dans le secteur du recyclage, les salariés sont en contact avec des substances toxiques au moment du prélèvement et du tri. Il y a des risques d'électrocution pour celles et ceux qui travaillent sur les éoliennes, les voitures vertes ou les panneaux solaires. Dans certains départements les pompiers ont même indiqué qu’ils n’interviendraient plus sur des bâtiments en feu quand ceux-ci sont couverts de panneaux solaires.

On le voit, toutes ces évolutions indispensables se font souvent dans l'improvisation. Les décisions ne sont anticipées ni par les industriels, ni par les pouvoirs publics. Elles sont prises dans l'urgence sous le coup de la pression médiatique.

Voilà pourquoi, dans la période qui s'ouvre, les éco-résistants peuvent porter un message salutaire et contribuer non pas à nous faire revenir en arrière mais à questionner le politiquement correct, forcer à plus d'inventivité et d'intelligence.

Franck ArguillèreSe méfier des pervers narcissiques ! L'expression est à la mode et on trouve en ce moment beaucoup de livres et d'articles sur la question. Les manipulateurs (hommes ou femmes) seraient de plus en plus nombreux, pour preuve la quantité de victimes qui peuple les cabinets des psychiatres et des psychanalystes ainsi que celle de sites web comme Sos Pervers ou Pervers Narcissiques.
Il faut dire que c'est un type de violence qui se développe aisément dans notre société. La perte des valeurs fragilise les proies potentielles. La généralisation de la jouissance sans entrave, de la marchandisation des individus et des sentiments désinhibe le prédateur. Les souffrances qui en résultent sont d'autant plus terribles qu'elles sont difficiles à admettre et à formuler de la part des victimes.

Phase 1 : séduction. Le pervers sait instinctivement enjôler, valoriser sa victime, sentir ses points faibles et en jouer.
Phase 2 : emprise. Le prédateur attend le moment opportun où la proie sera ferrée, accro à la relation. Cela peut durer plusieurs mois voire plusieurs années.
Phase 3 : manipulation. Le discours de séduction fait place à une entreprise de culpabilisation, de dénigrement, de double jeu, de déni qui aboutit à une véritable démolition psychique de l'autre. Et le tyran jouit de la détresse de sa victime.

À quoi reconnaît-on ces vampires modernes ? Cynisme, désinvolture, froideur émotionnelle, égocentrisme forcené, psychorigidité, virtuosité de la rhétorique, grande capacité à se poser en victime, discours paradoxal et contradictoire… Charme et altruisme en apparence, tyrannie en privé.

Où les trouve-t-on le plus ? Selon les experts, dans les postes à responsabilité, les métiers brillants comme la politique.
Ah bon. Vous en avez vu, vous, des pervers narcissiques dans cette campagne présidentielle ?

Franck ArguillèreIl y a des enfouissements lourds de conséquences. Dans le domaine de l'environnement on pense bien sûr à celui des déchets de combustibles nucléaires et peut-être bientôt celui du carbone issu des centrales à charbon de nouvelle génération qu'on envisage de capter… Ou comment transmettre aux générations futures un risque et un coût.

Les témoignages qui nous viennent du Japon parlent d'un autre type d'enfouissement, psychologique celui-là : beaucoup d'habitants de Tokyo rejettent les informations préoccupantes que certains organismes indépendants parviennent à transmettre sur le niveau de radioactivité des aliments proposés au public. Lorsque c'est trop angoissant et surtout lorsqu'on ne voit pas de solution, c'est un réflexe humain que d'être dans le déni, dans l'enfouissement… Ou comment s'empoisonner à petit feu.

Dans la campagne électorale qui se déroule actuellement en France, le même phénomène est en marche. L'environnement dans son ensemble est passé sous silence. Le changement climatique a disparu, c'est à peine si l'alerte à la pollution aux particules fines dans nos villes est mentionnée dans les médias et l'on ne fait pas beaucoup de publicité sur le fait que la France est montrée du doigt par l'Europe quant à l'état catastrophique de ses nappes phréatiques. Les rares fois où la question du nucléaire est abordée, personne n'ose évoquer l'impensable : une catastrophe nucléaire sur notre sol due à un événement imprévisible comme l'étaient ceux qui se sont produits à Three Miles Island, Tchernobyl ou Fukushima.

Selon la psychanalyse, nous enfouissons dans notre inconscient ce qui est inavouable. Cela s'appelle le refoulé. Les risques que l'épée de Damoclès environnementale fait courir à la société sont-ils tellement anxiogènes qu'ils en sont devenus inavouables ? Toujours est-il qu'aujourd'hui les enjeux de la planète constituent un refoulé majeur de notre civilisation. Si nous ne voulons pas que ce refoulé se manifeste socialement sous forme de symptômes pathogènes, nous avons intérêt à entreprendre une urgente psychanalyse écologique collective.

Franck ArguillèreNous sommes sans doute à l'aube d'une révolution dans notre compréhension du métabolisme humain.
Ces quatre dernières années des chercheurs sont allés fouiller dans notre système digestif parmi les 100 000 milliards de bactéries qui constituent notre flore intestinale et dont on ne connaissait que 20 à 30 %. Ils ont analysé nos selles avec une nouvelle méthode dite "métagénomique", qui permet d'étudier les microbes directement dans leur environnement sans passer par la case "culture en laboratoire".
Résultat : ils ont trouvé trois groupes de populations bactériennes, trois "entérotypes" bien distincts.
Surprise : les différences entre ces groupes sont d'environ 50 %, là où les caractéristiques génétiques humaines ne diffèrent que de 0,1 %.
C'est donc acquis aujourd'hui : de la même manière que nous appartenons à un groupe sanguin, nous appartenons à un entérotype : "bactéroïdes", "prevotella" ou "ruminococcus". Pas très sexy. Si les scientifiques gardent ces dénominations, ça va être difficile. En comparaison les A, B, AB ou O des groupes sanguins, on pouvait mémoriser. Là, il va falloir améliorer.
Un congrès va clore au mois de mars les travaux de ce programme de recherche, nommé MetaHit (Metagenomics of the Human Intestinal Tract) et coordonné par l'INRA, dont les résultats ont déjà été publiés dans la revue scientifique Nature.

Il va falloir penser maintenant différemment dans plusieurs domaines.
1) On va peut-être pouvoir détecter les signes avant-coureurs de certaines maladies chroniques en analysant le microbiote intestinal, son évolution et ses éventuelles perturbations ; dans ce dernier cas une intervention directe sur la flore pourrait permettre de rétablir l'équilibre.
2) Y'aurait-il un régime alimentaire idéal différent associé à chaque entérotype ? Cela, au passage, pourrait envoyer aux oubliettes toutes les recommandations généralistes des régimes X ou Y et même du PNNS (Programme National Nutrition Santé).
3) On pourrait enfin comprendre pourquoi les médicaments ne suscitent pas les mêmes réponses selon les individus et envisager de personnaliser les traitements.

Dans tous ces domaines on en est au stade des conjectures et les recherches doivent être poursuivies. Dans quelles directions ? La question du financement intervient ici dans toute sa force. On voit bien la différence qu'il peut y avoir entre l'objectif d'une entreprise agro-alimentaire qui chercherait à justifier les allégations santé de son yaourt et celui de l'Etat censé prendre en compte les enjeux de santé publique.