Pour protéger les ados en ligne, faut‑il leur couper l’accès aux réseaux sociaux ?

Pour protéger les ados en ligne, faut‑il leur couper l’accès aux réseaux sociaux ?

La question se pose depuis quelque temps et revient particulièrement dans le contexte des violences en marge des mouvements lycéens.

La France a adopté le 21 juillet dernier une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Trois semaines plus tard, le Conseil constitutionnel la censurait pour atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et à la vie privée. L’objectif du gouvernement est d’établir un nouveau texte de loi pour le printemps 2027.

L’immersion dans les réseaux sociaux fait appel à un ressort psychologique, un état d’absorption optimale qu’on appelle le “flow”. Mais ce flow peut vite se transformer en une version maladaptative, le “dark flow”, lorsqu’on se laisse happer par le flux de contenus, parfois jusqu’à perdre la notion du temps.
Les réseaux ne sont pas des outils neutres mais des produits dont le modèle économique repose sur la monétisation de l’attention. Chaque fonctionnalité y est une hypothèse testée, mesurée, optimisée pour retenir l’individu.

Tout le monde est concerné mais les adolescents sont particulièrement touchés car ils sont dans une période marquée par une sensibilité accrue au regard des pairs, une quête de reconnaissance sociale et une capacité de régulation émotionnelle encore en développement.
Selon le baromètre Ipsos/Macif 2025, réalisé auprès des 16-30 ans, 81 % des sondés disent perdre la notion du temps lorsqu’ils sont connectés, 76 % souffrent de troubles du sommeil et 36 % passent plus de quatre heures par jour sur les réseaux sociaux. Quant aux 12-17 ans, ils passent en moyenne 1h21 par jour rien que sur TikTok, selon l’Arcom.
Il faut se souvenir qu’à l’adolescence, l’interdit et sa transgression exercent un effet d’attraction plutôt que de repoussoir. 

L’Australie a été la première à interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans. Résultat, on estime à 85 % la part des adolescents contournant l’interdiction trois mois après son entrée en vigueur et l’usage de TikTok, chez les 10-12 ans, dépassait le niveau d’avant l’interdiction. 
Interdire sans expliquer est donc illusoire.
La solution réside dans le fait de développer une pédagogie visant à savoir nommer ce que les plateformes font à nos états intérieurs. Comprendre qu’un “scroll” compulsif à 23 heures n’est pas un choix librement consenti mais le résultat d’une architecture conçue pour ça. 

 

Source : The Conversation, Frédéric Aubrun, Quentin Hallez, Victoire Vallier - 01/11/26

Vie Saine et Zen