ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

C'est donc maintenant la guerre entre les provax et les antivax ! Les épisodes du feuilleton se succèdent, le clivage de la société française se creuse, après les pro-masques contre les anti-masques, les pro-Raoult contre les anti-Raoult, les pro-choloroquine contre les anti-chloroquine… Et celui-ci est l'un des pires scénarios que l'on pouvait redouter.

Nous avons donc une grosse minorité de provax et une petite minorité d'antivax. Les uns comme les autres font preuve de dogmatisme, en ce sens qu'ils présentent leur vérité comme fondamentale et incontestable, qu'ils prononcent vis-à-vis de la partie adverse un jugement intangible et absolu, qu'ils sont incapables d'écouter ses arguments.
Comme dans toute controverse, il faudrait un arbitre indépendant. L'État devrait jouer ce rôle mais problème : il a pris parti à 100 % pour les provax. Les grands médias également. Au point que les antivax sont aujourd'hui totalement absent du débat public, acculés dans la case complotiste, traités au mieux avec condescendance comme des demeurés mentaux et souvent avec hargne comme des irresponsables.

Quant à celles et ceux, encore assez nombreux, ni provax ni antivax, qui tentent de garder une démarche sensée, scientifique et critique, ils subissent très vite le même traitement dès qu'ils émettent le moindre doute. Dénigrement, propos méprisants voire injures… Il ne s'agit pour l'instant que d'une violence symbolique mais elle est toutefois difficile à vivre, elle divise les familles et les groupes d'amis. Le refus du pluralisme est violent, tout comme celui de la liberté ou celui de la tolérance à la différence.

Dans ces conditions, comment trouver un arbitre qui fasse valoir la voix de la nuance et de la raison ? Qui pourrait trouver un chemin vers un compromis acceptable par les deux parties ? C'est la question, sans réponse pour l'instant, que pose Michel de Lorgeril, médecin et chercheur au CNRS, dans son livre Les vaccins à l'ère de la Covid-19 (éditions Kiwi). Mais l'obligation vaccinale pour les soignants et la pression extrême sur la population avec la nécessité du passe sanitaire pour les activités de loisirs, tue toute possibilité d'un échange serein sur cette question.

La liste des mesures contre-productives depuis le début de cette crise continue donc de s'allonger. Il y avait déjà eu notamment la fermeture des marchés de plein air, celle des parcs et jardins ou plus récemment celle des salles de sports. Aujourd'hui cette forte pression vaccinale subite risque d'entraîner de gros dommages collatéraux dans les domaines social, sanitaire et politique. Elle va diviser un peu plus un pays déjà fracturé, créer une société à deux vitesses avec des citoyens de seconde zone, monter les contrôlés contre les contrôleurs du passe sanitaire, pousser des soignants à la démission, multiplier des licenciements arbitraires, remettre en cause la notion de secret médical, entamer finalement un peu plus la confiance dans la médecine conventionnelle et les autorités.
Certains experts expliquent qu'une vaccination massive en période de pandémie est délétère car, s'attaquant à la souche historique du virus, elle favorise le développement des souches mutantes.
Au niveau politique beaucoup d'hésitants vaccinaux vont aller grossir les rangs des antivax formant un terreau idéal pour les démagogues de tous poils qui engrangent des partisans à peu de frais. La droite de la droite fait ses choux gras de cette crise.
A-t-on besoin d'ajouter de la confusion à la confusion à la veille d'une échéance électorale majeure en France ?