ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

ÉDITO DE FRANCK ARGUILLÈRE

La science est une construction collective qui se fait sur la durée. Elle n'est pas équipée pour gérer dans l'urgence des crises comme celle que nous rencontrons depuis bientôt deux ans. On a bien vu, à de multiples reprises, comment les vérités absolues d'un jour pouvaient être abandonnées le lendemain, comment des chiffres ou des modélisations servant d'alpha et d'oméga à la décision publique pouvaient se révéler approximatifs, hasardeux voire erronés (voir : Covid : quand les chiffres qui se révèlent trompeurs ou faux dictent nos choix). Et pourtant, en regardant ce nouvel épisode du variant Omicron, il semblerait qu'au niveau mondial, les autorités n'aient toujours rien appris.

Voici un variant du SARS-CoV-2 ayant subi de nombreuses mutations, dont on suppose au départ qu'il est apparu en Afrique du sud (mais qui en fait avait déjà été détecté aux Pays Bas), qui n'a généré aucun décès là-bas et dont les médecins locaux rapportent qu'il ne provoque que des symptômes bénins. On ne sait pas s'il échappe aux vaccins, les industriels ayant besoin de quelques semaines pour étudier la question.
Il serait donc urgent d'attendre d'avoir plus de données avant de bouger le petit doigt. Dès lors, le vent de panique qui souffle sur le monde, avec la dramatisation des grands médias et la fermeture des frontières de nombreux pays, semble bien peu raisonnable.

D'autant qu'il existe un raisonnement qui vaut ce qu'il vaut et dont on ne pourra vérifier le bien fondé que dans quelques semaines : un virus, ça circule, ça mute, plus ça mute et plus ça devient contagieux, plus c'est contagieux et plus ça perd en virulence.
Ce raisonnement est fondé sur les observations du passé de la plupart des virologues. Il a été évoqué avec beaucoup de clarté tout récemment par Gérald Kierzek, médecin urgentiste, sur le plateau de l'excellente émission C à Vous. On est heureux (et soulagé) d'entendre un peu de pondération dans cette confusion généralisée.

On pourrait donc se diriger vers une hypothèse évoquée depuis deux ans par de nombreux experts : le covid serait en passe de devenir une maladie saisonnière relativement bénigne sauf pour les personnes à risques. Il y aurait donc plutôt de quoi se réjouir de l'apparition de ce variant. Sauf si ce coronavirus nous surprend une fois de plus par un comportement inusité. La science est une construction collective qui se fait sur la durée…