Même à froid, phtalates, bisphénol A et autres substances toxiques migrent de l’emballage vers les poissons.
Les plastiques ne sont pas des matériaux inertes. Ils sont constitués par des polymères auxquelles sont ajoutés plus de 12 000 substances chimiques différentes, comme des plastifiants, des bisphénols, des filtres solaires et des retardateurs de flammes. On les retrouve dans le poisson par trois chemins différents : la pollution des mers et des océans, la transformation des aliments et leur conservation dans les emballages.
Tous ces composés présentent une toxicité à long terme chez l’humain. Ce sont des perturbateurs endocriniens qui peuvent entraîner des effets chroniques sur la santé comme l’infertilité, le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains types de cancers.
Une étude récente, menée par l’Institut de diagnostic environnemental et d’études sur l’eau (IDAEA-CSIC) a analysé pour la première fois le transfert de quatre familles de substances chimiques (phtalates, esters organophosphorés, bisphénols, plastifiants de substitution aux phtalates) des emballages d’usages courants vers le poisson. Dans des conditions réelles de conservation à domicile (réfrigérateur à +4°C pendant 48 heures et congélateur à -18°C pendant 30 jours), des espèces très consommées comme le saumon, le thon et le merlu ont été analysées. Elles étaient emballées dans des barquettes classiques en polystyrène, du film transparent, des sachets de congélation à fermeture zip ou des barquettes et des sachets compostables.
Résultat : les basses températures ralentissent les processus mais le temps de contact est un facteur clé qui favorise la migration des substances.
On observe que la migration n’est pas la même pour tous les poissons, mais dépend de nombreux facteurs.
Les additifs qui se dissolvent dans les graisses, tels que le plastifiant de substitution DEHA, montrent une migration plus importante (jusqu’à 98 %) dans les poissons gras comme le saumon.
En revanche, le bisphénol A qui présente une plus grande solubilité dans l’eau, se retrouve à forte teneur dans les poissons maigres comme le merlu.
Les niveaux de risques les plus élevés relevés dans l’étude étaient associés au merlu congelé et conservé dans des barquettes compostables à base de cellulose. Présentées comme une alternative et fabriquées à partir de matériaux renouvelables, ces barquettes contiennent en réalité des taux plus élevés de plastifiants. À l’arrivée, la quantité de composés qui migrent est supérieure à celle des plastiques conventionnels.
Les chercheurs précisent que le poisson est un aliment sain et indispensable à notre alimentation. Le problème réside dans l’absence de réglementations ambitieuses régissant la présence de ces substances chimiques dans la chaîne d’approvisionnement.
En attendant que les politiques évoluent, les consommateurs peuvent prendre des mesures simples : réduire le temps de contact avec le plastique, privilégier les récipients en verre pour la conservation, éviter de réchauffer les aliments dans des récipients en plastique ou des sachets de cuisson (la chaleur multiplie de manière exponentielle la migration des substances).
Source : The Conversation, Ethel Elijarrat & Maria Vittoria Barbieri - 16/06/26
