Qui est Toby Kiers, la nouvelle lauréate du “Nobel de l'environnement”, spécialiste des champignons mycorhiziens

Qui est Toby Kiers, la nouvelle lauréate du “Nobel de l'environnement”, spécialiste des champignons mycorhiziens

Elle décroche, le 14 janvier dernier, le Tyler Prize for Environmental Achievement 2026, considéré comme le prix Nobel de l’environnement. 

Longtemps ignorés des politiques climatiques, les champignons mycorhiziens sont ainsi reconnus aujourd’hui comme des acteurs clés du vivant. Trop longtemps restés en marge de la connaissance scientifique, les sols jouent un rôle central dans la régulation du climat. Ils stockent plus de carbone que l’atmosphère et la végétation réunies. Or cette capacité dépend directement de l’état des réseaux mycorhiziens. Dégrader ces réseaux (labour intensif, usage massif de pesticides, artificialisation) revient à affaiblir l’un des plus puissants leviers climatiques naturels.

Depuis environ 475 millions d’années, les champignons mycorhiziens forment des symbioses avec la quasi-totalité des plantes terrestres. Le principe est simple : les plantes captent le carbone de l’atmosphère par photosynthèse et le transforment en sucres et en lipides, elles en cèdent une partie aux champignons et, en retour, ces derniers fournissent aux plantes du phosphore, de l’azote et de l’eau, essentiels à leur croissance.

Toby Kiers publie en 2011 un article marquant dans la revue Science montrant que les champignons mycorhiziens favorisent les plantes qui leur apportent le plus de carbone. Autrement dit, ils arbitrent, ils sélectionnent et optimisent leurs réseaux.
En collaborant ensuite avec des biophysiciens et des ingénieurs, elle développe des techniques inédites pour suivre en temps réel les flux de nutriments entre plantes et champignons. Les résultats sont spectaculaires : elle obtient des images montrant des flux qui circulent dans plusieurs directions à la fois, comme un système sanguin souterrain.
En 2021, elle fonde la SPUN (Society for the Protection of Underground Networks) dont l’objectif est de cartographier la biodiversité mycorhizienne mondiale et qui publie, en 2025, le premier atlas mondial du monde souterrain, basé sur 2,8 milliards de séquences d’ADN. Il s’agit d’une carte inédite, capable d’identifier les zones clés pour la conservation des sols vivants et de hiérarchiser les urgences.
Le programme "Underground advocates" a maintenant pour objectif de fournir aux scientifiques des outils juridiques pour utiliser ces données dans des procédures de protection de l’environnement. 

En distinguant la biologiste états-unienne Toby Kiers, le Tyler Prize for Environmental Achievement met en lumière une science du sol qui bouscule notre compréhension du climat et de la biodiversité.
Alors que près de 40 % des terres émergées sont déjà dégradées, reconnaître le rôle central des champignons mycorhiziens revient à admettre que la transition écologique ne peut plus se limiter aux énergies ou aux technologies. Elle doit s’attaquer à ses fondations biologiques.

 

Source : We Demain, Florence Santrot - 16/01/26

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