L’addiction à la chirurgie esthétique

L’addiction à la chirurgie esthétique

Multiplier les interventions de chirurgie esthétique sur son corps peut constituer une véritable addiction. Une prise en charge doit alors être envisagée, par exemple dans le cadre d’un thérapie cognitive comportementale basée sur la pleine conscience.

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Sommaire

- Des troubles psychiatriques plus fréquents
- Plastique ou esthétique
- Liposuccion et brachioplastie
- Abdominoplastie et mammoplastie
- Lifting du visage
- Des ratés et des risques
- Trouble du comportement
- Un chirurgien diplômé
- Être clair sur le but de l’opération
- Pleine conscience

Nos contemporains font de plus en plus appel à la chirurgie esthétique pour améliorer un mal-être qu’ils attribuent à la disgrâce réelle ou supposée d’une partie de leur corps. Et cela concerne plus les femmes que les hommes. Il arrive que l’opération suffise à répondre à ce complexe physique mais pas toujours.
“Cela dépend du psychisme de chacun”, précise Laurent Karila, professeur de psychiatrie, spécialisé en addictologie. “Au contraire, une nouvelle image, un nouveau corps, une construction chirurgicale trop artificielle peuvent être déstabilisants et conduire à des décompensations psychologiques.”*

Des troubles psychiatriques plus fréquents
Épisodes dépressifs, anxiété, troubles du comportement alimentaire, consommation de drogue… Nombreux sont les troubles potentiels consécutifs à une opération de chirurgie esthétique, notamment chez les personnes prédisposées. Par exemple, certaines études montrent qu'il y a deux fois plus de risques de suicide chez les femmes ayant subi une chirurgie d'augmentation mammaire.
“La prévalence des troubles psychiatriques chez les patients en chirurgie esthétique est significativement plus élevée que dans la population générale.”*

Plastique ou esthétique
Il faut d’abord distinguer chirurgie plastique et chirurgie esthétique. 
La première consiste à remodeler une partie du corps endommagée par une maladie, un accident, une blessure de guerre ou d’attentat, une déformation ou une malformation physique… 
La seconde découle historiquement de la première et se pratique sur des zones saines du corps dont l’apparence perturbe la vie psychologique de la personne concernée : oreilles décollées, nez disgracieux, rides, graisse en excès, seins trop menus ou trop volumineux, fesses pas assez charnues…
Cette dernière est très tendance chez les jeunes.
“Les 18-34 ans font désormais plus de chirurgie que la tranche de 50-60 ans en France”, constate Laurent Karila. “Les réseaux sociaux populaires et leurs acteurs et actrices y sont pour beaucoup.”*

Liposuccion et brachioplastie
La liposuccion, qui consiste à prélever un excès de graisse, est l’intervention la plus pratiquée dans le monde. 
On peut parfois l’associer à la brachioplastie : éliminer la peau relâchée sur la face interne du bras (pour pouvoir porter le tee-shirt sans manche avec élégance !).

Abdominoplastie et mammoplastie
Pour le ventre, l'abdominoplastie aide à restructurer et renforcer la musculature abdominale, par exemple lorsqu’un ventre est abîmé par des grossesses ou une grande variation de poids.
Augmentation ou réduction des seins, la mammoplastie est pratiquée depuis une cinquantaine d’années, avec introduction d’une prothèse. La réduction mammaire peut aussi concerner les hommes (gynécoplastie).
Les fesses ont également la possibilité d’être augmentées (lipofilling, implants fessiers) ou réduites de volume (liposuccion, lifting).

Lifting du visage
Le lifting du visage, qui consiste à retendre la peau qui s’affaisse, ne nécessite pas forcément de chirurgie. Des séances de laser ou de radiofréquence, d’injections de toxine botulique (Botox) ou d’acide hyaluronique peuvent suffire ou accompagner la chirurgie. 
La rhinoplastie consiste à injecter de l'acide hyaluronique pour corriger des défauts mineurs du nez (bosse légère, pointe tombante ou asymétrie).

Des ratés et des risques
Comme dans toute intervention, il peut y avoir des ratés : asymétrie mammaire résiduelle, déviation du nez persistante après rhinoplastie, cicatrice hypertrophique, capsulite rétractile après une augmentation mammaire…
Il y a aussi les risques liés à l’anesthésie et à l’introduction d’un corps étranger (prothèse, implant…) dans l’organisme.
“Les prothèses mammaires ont été l'objet de différents scandales sanitaires et les risques liés à cette opération ont inquiété de plus en plus de patientes, ce qui a justifié parfois le retrait des implants”*, avertit Laurent Karila.

Trouble du comportement
L’addiction arrive lorsque la sensation de complexe physique devient obsessionnelle et qu’on veut constamment changer d’apparence en multipliant les interventions chirurgicales. Ce trouble du comportement découle souvent d'une insécurité sous-jacente, persistante, jamais calmée par les opérations. Il est souvent accompagné d’une dysmorphie corporelle (voir encadré).
Il peut se produire alors une véritable sensation de manque qui peut conduire à aller trouver des thérapeutes ou pseudo-thérapeutes moins qualifiés pour effectuer des opérations plus risquées.
Certains addicts ont aussi la tentation de se modifier pour ressembler à une célébrité qu’ils admirent !

Un chirurgien diplômé
Laurent Karila conseille donc d’être extrêmement prudent si l’on envisage une intervention de chirurgie esthétique : en premier lieu, demander à son médecin traitant le contact d’un chirurgien diplômé (ne pas se fier aux réseaux sociaux ou au bouche-à-oreille).
Ce dernier doit informer son patient ou sa patiente sur les conditions de l'opération, ses risques et ses complications éventuelles à court, moyen et long terme. Il ne faut pas hésiter à lui demander de préserver la mobilité et l'expression du visage, de veiller à l'uniformité avec le cou, les mains, les dents… Le visage doit rester harmonieux.

Être clair sur le but de l’opération
En aucun cas, on ne doit considérer la chirurgie esthétique comme une porte d’entrée pour être aimé, subir une opération pour faire plaisir à son partenaire ou pour soigner un mal-être sous-jacent. Il faut être parfaitement clair sur le but de l’opération et ses éventuelles conséquences.

Pleine conscience
S’il existe une anxiété sous-jacente, une dépression ou un autre trouble psychologique, il est important de voir un psychologue clinicien ou un psychiatre. Une thérapie cognitive et comportementale (TCC) peut-être une aide non négligeable en cas de trouble dysmorphique corporel ou d’addiction.

“La TCC basée sur la pleine conscience est une avancée non négligeable dans le traitement de ce trouble”, conclut Laurent Karila (voir : Contre la dépression : la méditation). “Il s'agit alors ici d'apprendre à accepter sans jugement des expériences psychologiques inconfortables sans répondre par des compulsions, des comportements d'évitement, une recherche de réconfort et/ou des rituels mentaux.”*


*Docteur : Addict ou pas ?, Pr Laurent Karila, éditions Harper Collins

 En savoir +

Dysmorphie corporelle

Le trouble dysmorphique consiste à être obsédé par des défauts réels ou imaginaires de son apparence. Il affecte à la fois les hommes et les femmes et commence généralement à l'adolescence et au début de l'âge adulte.
“Quelqu'un qui en souffre peut passer des heures chaque jour à penser à son apparence, à se regarder dans le miroir ou à faire de grands efforts pour éviter de se voir”*, explique Laurent Karila, professeur de psychiatrie, spécialisé en addictologie.

À cela peut s’ajouter des achats compulsifs de vêtements ou de produits de beauté ainsi qu’une bigorexie (voir : Sport : garder le plaisir, ne pas tomber dans l’addiction).
“Cette dysmorphie corporelle est 15 fois plus susceptible d'être présente chez les personnes qui font de la chirurgie esthétique. Les deux troubles s’auto-entretiennent alors.”*
Le trouble dysmorphique s’accompagne de complications fréquentes : dépression, anxiété, troubles du comportement alimentaire, usage excessif de drogues, risque suicidaire… 

Vie Saine et Zen