Ses capacités sont exceptionnelles pour s’adapter et vivre en symbiose avec son environnement. Comme plante médicinale, ses bourgeons, notamment, ont un effet intéressant sur la mémoire et comme antibiotique naturel.

Sommaire
- Depuis l’ère glaciaire
- De Corse, glutineux ou blanc
- Un bois de couleur rouge
- Avec des animaux
- Avec des champignons
- Plante médicinale : fébrifuge et cicatrisant
- Gemmothérapie : mémoire et antibiotique
- Le meilleur bois pour fumer le poisson
Dans la tradition, il est craint comme étant l’arbre des gibets et des sorcières. Ces dernières fabriqueraient leur balai avec ses brindilles. Le célèbre poème de Goethe, le Roi des Aulnes, contribue à inscrire sa légende maléfique dans notre inconscient collectif (voir encadré).
L’aulne est pourtant un arbre exceptionnel par sa longévité, ses capacités à s’adapter, s’associer à d’autres espèces animales et végétales.
Depuis l’ère glaciaire
Il pousse dans l’hémisphère nord, sur les sols humides : les bois marécageux ou le bord des cours d’eau.
C’est un arbre à feuilles caduques, de taille moyenne (jusqu’à 20 m). Modeste, il fait pourtant partie des espèces végétales les plus anciennes sur Terre. On trouve les traces de son pollen dans des prélèvements datant de la fin de la première période glaciaire.
Il est capable de s’adapter à des températures de -25°C en Sibérie jusqu’à +40°C dans les pays méditerranéens.*
De Corse, glutineux ou blanc
Aulne de Corse, du Caucase, d’Arizona, aulne glutineux… Il existe plusieurs variétés d’aulnes. L’aulne blanc (Alnus incana qu’on appelle aussi “aulne de montagne” ou “aulne rugueux”) se rencontre fréquemment en France, notamment dans les régions montagneuses : Jura, Alpes, Alsace.
On l’utilise pour végétaliser les terrains réputés infertiles, fixer les sols des carrières, des terrils ou des berges de cours d’eau.
Un bois de couleur rouge
Le bois de l’aulne est léger, tendre et homogène. Il est imputrescible dans l’eau mais à sec, il ne tient pas sur la durée. On s’en sert notamment pour faire des pieux de pontons.
Il est de couleur rouge puis rosée lorsqu'il est fraîchement coupé ou travaillé (couleur vite dégradée par la lumière). C’est pour cela que, dans les mythologies nordiques, l’aulne est considéré comme un arbre funeste qui pleure des gouttes de sang (voir encadré).*
Avec des animaux
L’aulne vit en symbiose avec de nombreux animaux comme la truite et la loutre qui se servent des tanins de ses racines pour protéger leur santé, tandis que l’arbre se nourrit de leurs déjections.
Il existe un petit oiseau, le tarin des aulnes, dont le bec est parfaitement adapté à la recherche des graines qu’il disperse ensuite dans la nature.*
Avec des champignons
Des centaines de champignons vivent aussi en symbiose avec lui. Mais, depuis les années 1990, un champignon-algue se développe à cause des engrais chimiques et provoque son dépérissement.*
Plante médicinale : fébrifuge et cicatrisant
Il a un fort pouvoir fébrifuge, comme la plupart des arbres qui vivent près des cours d’eau. On le compare pour cela au quinquina.
En infusion : une cuillère à soupe de feuille d’aulne par tasse à laisser infuser dix minutes (trois à quatre tasses par jour).*
Sa feuille a des propriétés astringentes. Elle resserre les tissus et aide à la cicatrisation. On peut appliquer des cataplasmes de feuilles fraîches sur la peau.
Elle aurait également des effets intéressants contre les rhumatismes.*
Contre la gingivite, on peut préparer une décoction de feuilles ou d’écorce séchée et broyée (laisser bouillir cinq minutes une cuillère à café par tasse), filtrer et se gargariser deux fois par jour.*
Gemmothérapie : mémoire et antibiotique
Le macérât de bourgeons d’aulne glutineux favorise la circulation sanguine cérébrale et dynamise les défenses immunitaires.
"L’aulne est un bourgeon majeur de la gemmothérapie", affirme Stéphane Boistard, thérapeute. "Il a une action à "double vitesse". Utilisé au long cours, en préventif, il agit sur la mémoire. Utilisé un traitement d'appoint, en curatif, il a une fonction antibiotique naturelle."**
Pour les affections sévères, on préfèrera l’aulne de montagne ou aulne blanc : par exemple, en complément de traitements contre la sclérose en plaques, le cancer, les maladies d’Alzheimer ou de Parkinson, seul ou en combinaison avec le cassis et le mélèze. C’est aussi un bon soutien en période de ménopause ou d’andropause.**
Le meilleur bois pour fumer le poisson
Près d’un aulne on peut entendre le bruissement des feuilles, le bois qui craque, l’eau qui coule… On peut aussi sentir l’odeur d’aneth et de rose des bourgeons.
Son bois est considéré par les cuisiniers comme le meilleur pour fumer le poisson dont il “arrondit” le goût.
Sources :
Wikipédia :
Aulne
Le Roi des Aulnes (poème)
J’identifie les arbres, Philippe Chavanne, éditions Leduc poche
*Au bonheur des arbres Comment ils nous ressourcent et nous font du bien, éditions Terre Vivante
**Gemmothérapie, Les bourgeons au service de la santé, Stéphane Boistard, éditions Terran
En savoir +
Le Roi des Aulnes : poème de Goethe
L’aulne a fait l’objet d’un grand poème, inspiré de la mythologie danoise.
Johann Wolfgang von Goethe l’écrit en 1782 : par une nuit d'orage, un père traverse à cheval une forêt sombre, avec son jeune fils dans ses bras. L'enfant croit voir dans l'obscurité la forme du Roi des Aulnes, une créature maléfique qui l’invite à venir dans son royaume. Le père essaie de calmer l’enfant et de trouver une explication naturelle à ses hallucinations : ce ne serait que le brouillard, le bruissement des feuilles et le reflet d'arbres centenaires. Le Roi des Aulnes finit par saisir l’enfant et, lorsque le père arrive à sa maison, l’enfant est mort dans ses bras.
Ce poème a fait l’objet de nombreuses interprétations, notamment psychanalytiques. Cauchemar ou réalité ? Pour certains, il évoquerait des violences sexuelles sur mineur et la mort de l’enfant serait une mort mentale. Pour d’autres, il symboliserait la puberté et le passage de l’enfance à l’âge adulte…
Il a été mis en musique de nombreuses fois (l’adaptation la plus connue est celle de Franz Schubert), a été abondamment cité dans la littérature et a fait l’objet de plusieurs films dont celui de Volker Schlöndorff en 1995, adapté d’un roman de Michel Tournier.
