Comment lutter contre ces aliments ultratransformés poussés par des intérêts commerciaux et non par les choix des consommateurs

Comment lutter contre ces aliments ultratransformés poussés par des intérêts commerciaux et non par les choix des consommateurs

Les aliments ultratransformés risquent d’occuper une place croissante dans notre alimentation, nuire à notre santé mais aussi à l’économie. 

Les pouvoirs publics doivent donc prendre les mesures qui s’imposent et il faut une réponse coordonnée au niveau mondial, selon les conclusions de trois articles scientifiques publiés dans The Lancet, une revue médicale de premier plan.

Les aliments ultratransformés sont en train de remplacer les aliments et repas traditionnels à l’échelle mondiale, en dégradant la qualité du régime alimentaire et en contribuant à l’augmentation des maladies chroniques liées à l’alimentation.
L’ensemble des dépenses publicitaires des principales entreprises qui les commercialisent dépasse largement le budget total de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Pourtant les gouvernements, les communautés et les professionnels de la santé peuvent faire beaucoup.
Le problème ne réside pas dans un manque de volonté de la part des individus, mais tient avant tout à des considérations commerciales : il est le résultat d’une industrie puissante.

Le premier article montre que la part des produits ultratransformés dans l’alimentation n’a cessé d’augmenter au fil des décennies dans les pays du monde entier.
Les régimes riches en aliments ultratransformés favorisent la suralimentation et sont pauvres sur le plan nutritionnel : ils contiennent davantage de sucres, de graisses saturées, ont une densité énergétique plus élevée ; ils sont plus pauvres en fibres, en vitamines et minéraux essentiels et contiennent moins d’aliments complets.
Une revue de la littérature scientifique montre que, sur 104 études faites sur le long terme, 92 font état d’un risque accru de contracter une ou plusieurs maladies chroniques : obésité, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, maladie rénale chronique, maladie de Crohn, dépression, mortalité prématurée…

Le deuxième article présente les options politiques qui s’offrent aux gouvernements désireux de s’attaquer à ce problème.
Quatre d’entre elles se distinguent particulièrement...
- Modifier les produits en fixant des limites pour une sélection d’additifs et en utilisant des "marqueurs d’aliments ultratransformés" (colorants, arômes et édulcorants non sucrés, teneurs élevées en sucre, en graisses et en sel) pour identifier les produits ultratransformés à réglementer.
- Améliorer l’environnement des produits alimentaires : adoption d’étiquettes d’avertissement obligatoires, protection des enfants de moins de 18 ans contre la publicité pour les aliments ultratransformés, taxes sur les boissons sucrées (à 20 % minimum), suppression de ces aliments dans les écoles, les hôpitaux et autres établissements publics, limitation de leur présence dans les rayons des supermarchés.
- Limiter le pouvoir des entreprises par des mesures réglementant les gammes de produits des entreprises, surveillant et limitant la part des ventes d’aliments ultratransformés. Il convient aussi de renforcer la politique de concurrence et d’envisager des réformes fiscales qui viseraient à limiter le pouvoir excessif de ce marché.
- Réformer les subventions comme les chaînes d’approvisionnement : réorienter les subventions à l’agriculture afin de réduire le soutien accordé aux ingrédients issus de la monoculture utilisés dans les aliments ultratransformés (maïs, soja, sucre) et aligner les politiques environnementales (réduction des plastiques ou utilisation de l’eau) sur les objectifs nutritionnels.

Le troisième article s’interroge sur les raisons pour lesquelles les aliments ultratransformés envahissent l’alimentation humaine et sur la manière de mettre en place une réponse mondiale en matière de santé publique.
Selon les chercheurs, la réponse est la suivante : il faut s’attaquer au pouvoir des entreprises et à leur recherche de profit.
Les aliments ultratransformés constituent le modèle économique le plus rentable du secteur alimentaire. Les plus grandes multinationales sont à la tête de réseaux mondiaux d’approvisionnement, de commercialisation et de lobbying qui élargissent les marchés, influencent la science ainsi que le débat public et font obstacle à la réglementation.
En 2024, les grandes entreprises agroalimentaires ont dépensé bien plus en publicité que l’ensemble du budget de fonctionnement de l’OMS.

La réponse mondiale en matière de santé publique s’articule autour de trois axes :
- remettre en cause le modèle économique des aliments ultratransformés, en taxant leur production, en rendant obligatoire le recyclage des plastiques par les entreprises et en réorientant les ressources vers le soutien aux producteurs d’aliments sains et aux familles ;
- protéger l’élaboration des politiques et la science contre toute ingérence, grâce à des mesures de prévention des conflits d’intérêts et à des règles d’engagement claires pour le secteur privé ; cesser de s’en remettre à l’autorégulation du secteur privé et recourir aux politiques publiques et à la législation ;
- former des coalitions pour mener des actions de plaidoyer auprès des décideurs politiques et favoriser les changements politiques, qu’il s’agisse de soutiens juridiques ou de communications stratégiques.



Source : The Conversation, Philip Baker, Camila Corvalan, Carlos Monteiro, George Scrinis, Priscilla Machado - 16/03/26

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