L’échelon des collectivités locales est particulièrement pertinent en matière de santé mais les freins sont nombreux.
Depuis une quinzaine d’année la santé figure, selon de nombreux sondages, dans le top 3 des principales préoccupations des Français. Et, au fil du temps, la notion de santé s’est élargie et intègre maintenant les déterminants sociaux, environnementaux et comportementaux, conformément aux cadres proposés par l’OMS (Organisation mondiale de la santé).
En France, le système de santé est centré sur le soin et ne reconnaît que marginalement la prévention et la promotion de la santé. Néanmoins l’évolution devient inéluctable : les territoires joue un rôle essentiel dans la production de la santé et du bien-être. Il est donc important que les questions de santé soient débattues dans le cadre des élections locales pour au moins trois raisons.
1) La grande majorité des déterminants de la santé se concrétisent et sont perceptibles au niveau des lieux de vie, de travail, d’éducation.
L’échelon des collectivités territoriales s’avère donc essentiel pour :
- mettre en place une politique de mobilité active,
- lutter contre des environnements polluants,
- faire régresser les déserts médicaux,
- circonscrire l’impact sanitaire des addictions,
- lutter contre les inégalités de santé.
2) Les collectivités territoriales sont des laboratoires d’innovation publique.
En témoignent les politiques locales de sport-santé, les dispositifs territoriaux de santé mentale, les services médicaux de proximité ou les plateformes d’entraide créées par plusieurs municipalités.
3) Urbanisme, mobilités, environnement, alimentation, sport, petite enfance et vie scolaire, cohésion sociale… Les collectivités de proximité savent agir de manière transversale, comme de véritables "tisseurs de politiques intersectorielles”, ce qui les rend particulièrement bien placées pour intervenir dans la cadre du développement de la notion de “One Health” (une seule santé).
Question : les collectivités locales disposent-elles réellement des moyens et des cadres institutionnels nécessaires pour assumer ces responsabilités croissantes ?
La santé demeure une compétence principalement étatique.
En matière de résultats, une responsabilité importante pèse sur les exécutifs locaux alors que les financements font régulièrement l’objet de discussions et négociations avec l’État qui dispose d’une compétence inscrite dans la loi.
Et d’autres freins existent sur le terrain : segmentation administrative, rareté de l’ingénierie territoriale, absence d’arbitrage clair entre objectifs concurrents, déficit d’évaluation…
Paradoxe : les collectivités sont appelées à jouer un rôle central mais elles n’ont aucun pouvoir structurant sur les leviers essentiels du système de soins ou de redistribution…
Les prochaines élections municipales constituent donc un moment stratégique pour mettre la santé territoriale au cœur du débat.
L’enjeu est de présenter la santé comme une politique de qualité de vie, pas seulement comme une question médicale. Il est temps d’interpeller les échelons central et régional sur le nécessaire cadrage des politiques de santé et sur la garantie d’une équité des dispositifs sur l’ensemble du territoire.
Dans le même temps, il est indispensable de proposer un plan municipal de santé, de garantir la présence d’un élu référent, de mettre en place des dispositifs de concertation (à l’instar du contrat local de santé). De telles initiatives permettront de structurer des actions locales crédibles et de fédérer largement.
Source : The Conversation, Laurent Chambaud - 14/02/26
