La transition écologique amène logiquement l’entreprise à chercher à restaurer les ressources qu'elle mobilise. Les compétences vont évoluer en conséquence et le profil clientèle devra être clarifié. L’entreprise régénérative est un modèle émergent qui doit encore préciser ses critères et ses objectifs.

Sommaire
- Un nouvel objectif pour les entreprises
- Retour sur investissement écologique
- Clarifier le profil clientèle
- Des compétences qui évoluent
- Entreprise dégénérative ou régénérative ?
- Une définition encore à préciser
- Des pistes d’action chez le consommateur et le citoyen
Il est possible de bâtir des activités durables : écologiquement conscientes, socialement utiles et profondément épanouissantes (voir : L’économie positive, c’est possible). C’est toute l’ambition du modèle de l'entreprise régénérative : réduire les impacts négatifs d'une entreprise sur l'environnement ou la société mais aussi créer un impact positif global.
Un nouvel objectif pour les entreprises
Il y a en effet un léger oubli dans la définition comptable classique de l’entreprise.
Thomas Burbidge, entrepreneur, résume ainsi cette définition : "une entreprise est une unité économique qui transforme du capital humain (temps et compétences des salariés) ainsi que du capital financier (investissements et apports en nature d'outils comme des machines ou ordinateurs…) en une quantité plus élevée de capital financier (chiffre d'affaires, salaires, dividendes, bénéfices…)."*
Il y manque, selon lui, une partie très importante : la capital naturel. Toutes les entreprises dépendent de ressources naturelles qui sont aujourd’hui consommées plus rapidement que leur capacité de renouvellement.
"Nous avons collectivement besoin de créer un nouvel objectif pour toutes les entreprises", affirme Thomas Burbidge.
Retour sur investissement écologique
On peut notamment considérer qu’une entreprise doit avoir un retour sur investissement écologique positif. Le fameux ROI, couramment utilisé dans le milieu de l’entreprise, consiste à dire : on investit x euros pour recevoir x+n. On doit également se demander si l’investissement dans les ressources naturelles génère un impact écologique plus grand (impact direct, indirect ou potentiel). Si ce n’est pas le cas, peut-être faut-il réorienter l’activité de l’entreprise…
Clarifier le profil clientèle
Que les clients de l’entreprise soient des particuliers ou d’autres entreprises, il est intéressant de clarifier leur profil quant à leur attitude par rapport à la “consommation durable”.
Thomas Burbidge distingue ainsi :
- les éco-réfractaires, indifférents à l’écologie ;
- les éco-contraints, décidés à mettre en place des actions en faveur de l’écologie sous la contrainte (d’une loi, des directives de l’entreprise, pour attirer des talents…) ;
- les éco-soucieux, prenant en compte l’écologie sans que ce soit leur priorité absolue ;
- les éco-perdus qui aimeraient mettre en place des choses mais ne savent pas comment s’y prendre ;
- les éco-champions qui ont déjà fait de l’écologie leur priorité absolue à travers des actions pertinentes.
“En étant clair sur le segment de clientèle avec lequel on souhaite travailler en priorité, on pourra ainsi être plus pertinent dans la construction de la démarche écologique de notre propre entreprise.”*
Des compétences qui évoluent
L’évolution des compétences est aussi un paramètre important de la transition. Autrefois les atouts majeurs de la réussite entrepreneuriale résidait dans le triptyque : vitesse, productivité, performance. Aujourd’hui il faut savoir mesurer l’impact écologique d’un projet et, notamment, son bilan carbone…
- Quelles ressources naturelles sont nécessaires ?
- Dans quelles conditions sont-elles extraites et produites, avec quelles externalités négatives ?
- Quel est l'impact carbone de chaque étape de la méthode de travail, de chaque logiciel utilisé ?
- Quels sont les déchets créés par l'entreprise et comment sont-ils traités ?
- Quelle est la consommation énergétique quotidienne, mensuelle, annuelle, des outils de travail ?
Cette démarche génère à coup sûr une transformation de la façon de travailler.
Entreprise dégénérative ou régénérative ?
Selon l'économiste John Fullerton, fondateur du Capital Institute, il y a d'un côté les entreprises dégénératives qui ont une logique d'extraction maximale des ressources et d'un autre côté les entreprises régénératives qui cherchent à restaurer les ressources qu'elles mobilisent.
Les premières incarnent ce qu’on appelle l’économie linéaire : capitaux consommés, production de produits et de services, création de capital financier. Ce modèle est devenu obsolète car il consomme des ressources naturelles sans aucune considération pour leur stock limité.
Les secondes se servent de la création du capital financier pour régénérer les capitaux naturels et humains. Par exemple en agissant pour restaurer certains milieux naturels (les sols, les forêts, les zones humides), en améliorant la gestion des ressources naturelles, en favorisant l'inclusion sociale et en renforçant les communautés. Elles rendent ainsi plus durable l’activité de l’entreprise. Et cela n’est pas incompatible avec de la croissance et du développement de son capital financier.
“Le modèle régénératif, c'est avoir la certitude qu'une entreprise vertueuse, au service des écosystèmes socio-écologiques qui l'entourent, est le type d'entreprise que le monde cherchera à encourager, à soutenir et à faire grandir.”*
Une définition encore à préciser
L’entreprise régénérative entend développer des modèles économiques autour de la régénération des milieux, la réduction des déchets et de la pollution, la justice sociale et l’équité économique, la résilience communautaire, l’innovation et la collaboration (voir encadré).
Bémols : le programme est ambitieux mais il souffre encore d’un manque de définition précise et de normes universellement reconnues. Par ailleurs sa mise en oeuvre nécessite des investissements importants en termes de recherche, de développement et de suivi, qui ne sont pas à la portée de toutes les entreprises.**
Des pistes d’action chez le consommateur et le citoyen
La transition écologique ne se joue pas uniquement dans l’entreprise. Thomas Burbidge souligne avec justesse que les pistes d’action se trouvent également chez le consommateur et chez le citoyen. À l’individu de modifier ses habitudes de consommation pour influencer la demande du marché, de reprendre le pouvoir politique et médiatique afin de changer les règles du jeu, tout en préservant son équilibre personnel pour ne pas se laisser submerger par l’éco-anxiété (voir : Contre l’éco-anxiété, révéler sa nature).
Sources :
*Sauver sa peau, sa boîte et la planète, Le guide d’actions écologiques pour entrepreneurs, Thomas Burbidge, éditions Eyrolles
**Novethic : Entreprise régénérative
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Quelques exemples d’entreprises
Certaines entreprises sont souvent citées comme s'inspirant des pratiques régénératives…**
Patagonia : entreprise d'habillement de plein air, qui utilise parfois matériaux recyclés ou bio, soutient des causes environnementales, encourage le recyclage et la réparation de vêtements usagés. Elle travaille avec des fournisseurs agricoles dont les pratiques s'inspirent de l'agriculture régénératrice.
Interface : entreprise de revêtements de sol qui a multiplié les actions à visées environnementales. Elle a notamment développé des pratiques d'agro-foresterie pour se fournir en matières premières.
Ecover : entreprise commercialisant des produits de nettoyage. Elle s'efforce de réduire les déchets et l'impact environnemental de ses produits grâce à des méthodes d'économie circulaire.
New Belgium Brewing Company : brasserie artisanale qui soutient diverses initiatives communautaires, s'organise autour de fournisseurs issus de pratiques agro-écologiques, réduit sa production de déchets.
NUMI Organic Tea : marque de thés biologiques qui s'engage à soutenir les agriculteurs, utilise des emballages compostables, parfois issus de bio-matériaux, travaille en partenariat avec des programmes de certification éthique.
