“Ovaires polykystiques” : l’expression qui a retardé des millions de diagnostics

“Ovaires polykystiques” : l’expression qui a retardé des millions de diagnostics

Sans grand rapport avec des kystes, le syndrome a été rebaptisé "syndrome métabolique ovarien polyendocrinien”.

Autrefois nommée “syndrome des ovaires polykystiques”, la pathologie touche une femme sur huit. 170 millions de femmes dans le monde ont été touchées et l’on estime à 70 % les cas non diagnostiqués. 

Le 12 mai dernier, à Prague, le Congrès européen d’endocrinologie a officiellement changé le nom. Cette mutation lexicale est en réalité un basculement scientifique et politique majeur. Selon la revue médicale The Lancet, l’ancien terme obscurcissait les dimensions endocriniennes et métaboliques du syndrome. Il contribuait à des diagnostics tardifs, à une prise en charge fragmentée, à une sensibilisation limitée, à des soins inadéquats et à la stigmatisation.

Au départ, une erreur scientifique vieille de quatre-vingt-dix ans ! Les prétendus “kystes” observés à l’échographie ne sont pas des kystes pathologiques susceptibles d’éclater mais des follicules immatures : des ovocytes bloqués dans leur développement. Il n’existe aucune augmentation des kystes ovariens anormaux chez les patientes atteintes du syndrome. Cette confusion sémantique a pourtant façonné des décennies d’angoisse médicale avec, à la clé, l’annonce aux patientes d’une infertilité probable et d’une risque d’opérations d’urgence si les “kystes” venaient à éclater.
Ce renversement de perspective pourrait modifier profondément la manière dont les femmes vivent leur diagnostic.

Le nouveau nom entend réhabiliter une réalité médicale longtemps négligée. Le “syndrome métabolique ovarien polyendocrinien” (SMOP) n’est pas seulement une affaire de reproduction : le syndrome repose sur des perturbations endocriniennes complexes impliquant l’insuline, les androgènes et les hormones neuroendocrines. Ses manifestations dépassent largement les ovaires : ses symptômes, variés, incluent des cycles menstruels imprévisibles, des difficultés à tomber enceinte, des signes visibles comme l’acné persistante, une pilosité accrue ou une perte de cheveux. 
Il y a aussi des conséquences plus sombres : une résistance à l’insuline, un risque majoré de diabète ou de maladies cardiaques et un poids psychologique lourd, entre anxiété et dépression.

Le changement de nom est officiel et son déploiement sera progressif. Une période de transition de trois ans doit permettre aux systèmes de santé, aux classifications médicales internationales et aux recommandations cliniques de s’adapter.
Il s’agit d’un moment historique pour la santé des femmes dont l’enjeu dépasse largement la sémantique.

 

Source : Le Point, Marie Guermeur - 24/05/26

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