Édito de Franck Arguillère

Édito de Franck Arguillère

En matière d’environnement comme en matière de santé, on invoque toujours la science et c’est tant mieux. Celle-ci nous a permis notamment de progresser dans la connaissance des effets désastreux des gaz à effet de serre sur l’évolution du climat et ceux des polluants sur les organismes vivants. D’avoir une meilleure conception des maladies et d’élaborer les remèdes adaptés. Pourtant, la science est aujourd’hui menacée.

Menacée parce que ses conclusions portent souvent atteinte à des intérêts puissants qui mettent en place des stratégies pour instiller le doute, comme autrefois l’industrie du tabac.
Menacée parce que la recherche indépendante est de moins en moins bien financée et parce que celle qui dépend des intérêts privés fait l’objet de biais de plus en plus flagrants.

Cette menace devient particulièrement préoccupante depuis quelques temps avec la remise en cause, en France, des agences ou des établissements publics censés être indépendants et émettre un avis conforme à l’intérêt général. Agence Bio, Ademe (Agence de la transition écologique), Santé Publique France, ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé), Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail)… Tous voient leur budget tronqué de manière substantielle et certains pourraient même être purement et simplement démantelés.

Parallèlement à cela, des experts s’inquiètent, au niveau mondial, de la fragilisation de la presse dite “académique”, celle qui fait référence et nourrit la presse généraliste.
Ils observent qu’entre 2016 et 2022, le nombre d’articles publiés dans les revues scientifiques du monde entier est passé de 1,9 millions à près de 3 millions. Une augmentation loin d’être proportionnelle à celle de l’activité de recherche mais due à une véritable course au chiffre d’affaires.
Pour exister, un chercheur scientifique doit publier. Autrefois la démarche était gratuite, arbitrée par des experts non rémunérés et financée par des abonnements de lecteurs. Aujourd’hui c’est tout différent : un chercheur doit payer pour être publié. Ce n’est donc plus la qualité scientifique qui prévaut mais la puissance commerciale. On assiste donc à une dégradation progressive de la presse scientifique qui ne peut aboutir qu’à une désinformation générale.

Dans un monde de “post-vérité” livré à la dévalorisation de la parole publique par quelques leaders démagogues, cette dégradation de la science est dramatique.
Nous sommes de plus en plus nombreux à être en quête de repères solides au milieu de multiples controverses : quelles sont les bonnes solutions pour la transition écologique, quels sont les polluants à interdire pour préserver la santé humaine, animale et végétale, quelle est la véritable balance bénéfices-risques de tel ou tel vaccin, de tel ou tel médicament, de telle ou telle pratique thérapeutique ?
Sans une science indépendante et de qualité, nous n’avons pas de boussole et nous sommes démunis.

Vie Saine et Zen