La dose ne fait pas toujours le poison : certaines substances sont plus toxiques à faible concentration

La dose ne fait pas toujours le poison : certaines substances sont plus toxiques à faible concentration

Pour certaines substances telles que le cadmium ou le bisphénol A, il n'y a pas de relation linéaire entre la dose et l'effet délétère.

Pourtant, en toxicologie, on pense depuis Paralcese, un savant du 16e siècle, qu'à forte dose une substance peut être nocive mais bénéfique à faible dose et inoffensive entre les deux.
"Qu’est-ce qui n’est pas poison ? Tout est poison et rien (n’est) sans poison. Uniquement la dose détermine qu’une chose n’est pas un poison."

Dès 1888, ce principe est remis en question par des scientifiques allemands, Hugo Schulz et Rudolph Arndt, qui découvrent que de petites doses de poison ont des effets stimulateurs sur la levure. Leurs travaux aboutissent au concept d'hormèse qui permet de décrire, pour une substance donnée, des effets opposés entre les faibles doses (stimulation) et les fortes doses (inhibition). On peut ainsi assister à une amélioration de la capacité fonctionnelle des organismes soumis à de faibles doses de substances par ailleurs toxiques.

Souvent rejetée par une partie de la communauté scientifique à cause de son association avec l'homéopathie, l'hormèse est revenue sur la scène scientifique à partir de 1985 lorsque des toxicologues états-uniens, Linda Baldwin et Edward Calabrese, montrent en s’appuyant sur la littérature scientifique existante que ce phénomène est très répandu (plante, animaux, humain, etc.). Il est même plus fréquent que la réponse classique, celle qui ne montre aucun effet aux faibles doses. Une publication de 2003 dans la revue Science scelle la pertinence du concept.

Les exemples du cadmium et du bisphénol A sont particulièrement parlants.
Ces deux substances se comportent comme des perturbateurs endocriniens, pour lesquels la dose ne fait pas le poison : les doses les plus faibles induisent des effets biologiques potentiellement délétères et inverses aux doses les plus élevées.

Le paracétamol, largement utilisé comme antalgique, présente une toxicité sur le foie en cas de surdosage. On soupçonne aujourd'hui qu'il puisse également avoir des effets de perturbation endocrinienne et donc présenter une toxicité à faible dose.

Il devient ainsi complexe de déterminer les doses qui présentent des risques pour les humains, certains produits ayant des effets à des doses inférieures aux seuils des valeurs sanitaires de référence. C'est le cas par exemple de la perméthrine (un produit utilisé contre les insectes et la gale) ou de certains phtalates (entrant dans la composition des plastiques).
Par ailleurs ces valeurs de référence ne tiennent pas compte de la complexité du fameux "effet cocktail" : lorsque des produits sont combinés, on peut observer une addition des effets de chaque substance ou une potentialisation voire une synergie, ce qui peut en renforcer la toxicité, même à des doses inférieures aux valeurs toxicologiques de référence (un antagonisme peut aussi être observé).

Les différents organismes en charge de ces questions, comme l’Ineris (Institut national de l’environnement industriel et des risques) ou l'Anses (Agence Nationale Sécurité Sanitaire Alimentaire Nationale), ont commencé à tracer des pistes pour mieux évaluer la toxicité des substances.

 

Source : The Conversation, Catherine Batias – 23/06/22