Les caprices du désir

Les caprices du désir

Le sexe est partout sous nos yeux, dans la publicité, à la une des magazines, en libre accès sur internet, comme une exhortation permanente au désir. Sous peine d'atteinte à notre dignité, notre libido doit être au top, quoi qu'il arrive ! Problème : notre corps a parfois l'audace de ne pas répondre au doigt et à l'œil. Pour remédier à leurs pannes, hommes et femmes remplissent les cabinets des sexologues et des médecins. Certes il existe des médicaments mais est-ce toujours la bonne solution ?

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Sommaire

- Pas de norme en matière de sexualité
- Les médicaments du désir
- Effets secondaires indésirables
- Les plantes de l'amour
- Les tables d'Aphrodite
- Accueillir ce qui vient

Et oui, c'est paradoxal, la libération sexuelle des années 1970 a fini par créer une nouvelle norme aussi encombrante que le puritanisme qu'elle avait combattu ! Exemple : le droit à l'orgasme est devenu un devoir d'orgasme. Aujourd'hui on veut à tout prix faire rentrer la sexualité dans une logique de performance. Il s'agit d'une vision mécaniste qui nous entraîne dans une marchandisation du désir.

Discrédit identitaire
La recherche du plaisir à tout prix, sans la notion de respect du partenaire et sans communication, est vouée à un échec vite vécu comme un discrédit identitaire.
Voilà pourquoi certains collectionnent les aventures amoureuses.
D'autres cherchent une réassurance chimique dans la pharmacopée ; il arrive même que la simple peur de l'échec les amène à gober des pilules.
D'autres encore tirent carrément un trait sur leur sexualité, considérant qu'elle leur apporte plus de problèmes que de satisfactions.

Pas de norme en matière de sexualité
En réalité, en terme de libido, nous ne sommes pas égaux, notamment pour des raisons biologiques : nous n'avons pas tous le même nombre de récepteurs de la dopamine, une hormone très liée au désir sexuel.
D'après la revue Prescrire : "la diversité vis-à-vis de la sexualité rend illusoire l'établissement d'une norme générale. Chacune et chacun construit sa propre référence (…) et cette norme évolue au cours de la vie".
S'il n'y a pas de norme, la notion de pathologie devient très floue en matière de troubles du désir. Ce qui devrait nous rendre prudent quant à la médicalisation croissante de la sexualité.

Les médicaments du désir
On trouve de nombreuses réponses aux pannes de désir. Pour l'homme, à côté du célèbre Viagra, il y a d'autres traitements sous forme de comprimés, de gel locaux, de traitements hormonaux, d'injections intracaverneuses dans le corps caverneux du pénis sans parler des approches chirurgicales.
Pour la femme, il existe des patches à la testostérone, cette hormone qui jouerait un grand rôle dans la libido. De nombreux laboratoires testent de nouvelles molécules qui, compte tenu du succès mondial du Viagra pour l'homme, seraient une immense source de profit. Parmi elles, la "flibansérine" est à l'étude aux États-Unis, en Europe et au Canada.

Après l'apparition du Viagra, on avait inventé une nouvelle pathologie baptisée "dysfonction érectile" ; de la même manière pour la flibansérine on vient d'inventer le "trouble du désir sexuel hypoactif". C'est ainsi avec la médecine moderne, on crée la maladie après le traitement…

Dans certains cas, le médicament peut apporter une aide précieuse, par exemple pour sortir le couple d'un cercle vicieux, mais il faut être bien informé de ses effets secondaires.

Effets secondaires indésirables
Dans le cas du Viagra, les contrindications sont nombreuses. Il est toujours nécessaire de consulter un médecin. On met en garde notamment contre la possibilité de rencontrer des troubles digestifs, une congestion nasale, des maux de tête, des vertiges, une rougeur de la face et des troubles visuels...
Dans le cas de la flibansérine, les recherches sont en cours.

Les plantes de l'amour
De nombreuses plantes ont la réputation d'être aphrodisiaques. Beaucoup d'entre elles renferment des alcaloïdes (molécules organiques azotées) ayant une forte influence sur le psychisme.
C'est le cas par exemple de la belladone ou de la mandragore mais aussi du thé, du café, de la cola, du guarana… Du cacao également, qui favorise la sécrétion d'endorphines (hormones du plaisir).

D'autres auraient pour points communs de contenir des composés phénoliques (flavonoïdes ou lignanes). C'est le cas du gingko biloba, de la passiflore, de l'aubépine ou du ginseng.
Le gingembre devrait, lui, ses propriétés toniques sexuelles à des composés appelés "shikimates".
En Ouganda, le viagra local est issu d’un arbre, le Citropsis ou "Arbre à sexe". Ses feuilles ont des vertus aphrodisiaques, efficaces en trois heures. C’est bien là son malheur, car la population en consomme sans modération à tel point que l'essence est aujourd'hui menacée.

Les tables d'Aphrodite
Pour lutter contre les troubles de la libido, les nutritionnistes conseillent une alimentation qui favorise la circulation sanguine : priorité aux fruits et légumes, aux céréales complètes ou semi-complètes, aux "bons gras" riches en graisses monoinsaturés et polyinsaturés (notamment oméga-3)…
(Voir : Les aliments aux vertus aphrodisiaques)

Que ce soit pour leurs vertus stimulantes ou pour leur forme qui rappelle celle des organes génitaux, nombreux sont les aliments qui ont une réputation d'aphrodisiaques.
Parmi les légumes, on trouve l'asperge, dédiée par les Grecs à Aphrodite, déesse de l'amour, le poireau, le céleri, le concombre, l'ail, l'oignon et des céréales comme l'avoine ou le maïs…
Chez les fruits de mer, citons l'huître, la moule, le caviar, la langouste…
Parmi les fruits figurent au palmarès la goyave, la banane, l'avocat, la pêche, l'abricot, la figue, la pomme, la grenade… Et la tomate qui a été longtemps appelée "pomme d'amour".

Les épices et les plantes aromatiques tiennent une place importante dans ce domaine : basilic, cannelle, cardamome, coriandre, cumin, noix de muscade, romarin, safran, sauge, sarriette… Le piment est un vasodilatateur et un stimulant nerveux.

Le vin accompagne souvent les dîners galants car il contribue à lever les inhibitions. Il faut néanmoins le consommer à faible dose parce qu'au-delà il peut provoquer chez l'homme des troubles de la libido.

Le décorum a son importance : une jolie table, des lumières douces, une belle harmonie des couleurs dans l'association des mets… Voilà qui peut charger en intensité le caractère érotique du repas !
Il ne faut pas perdre de vue que le désir est amplement stimulé par les fantasmes et l'imagination.

Accueillir ce qui vient
Alors comment gérer les caprices du désir ?
Créer des distances (jardin secret, activités sans l'autre, espace réservé dans la maison...), prendre soin de soi, maintenir le mystère (éviter de tout dire, de tout partager...) mais surtout laisser le désir évoluer, changer de forme, revenir, s'absenter...
Les psychanalystes et les psychothérapeutes nous ramènent à des notions simples : la rencontre, l'échange, la confiance entre les partenaires, l'apprentissage du corps de l'autre, l'écoute, l'humour, la légèreté… Apprivoiser l'intimité, accueillir ce qui vient, exprimer l'émotion, dire le ressenti…
Pas toujours facile à mettre en œuvre mais joli programme !

 

Sources :
Sciences et Avenir : février 09
Alternative Santé
Prescrire : Insatisfaction sexuelle des femmes
Passeport Santé : Panne sexuelle

 En savoir +

Les ennemis du désir

Le tabac entraîne une contraction des vaisseaux sanguins qui gène la circulation du sang et est donc néfaste à la sexualité. Les gros fumeurs ont fréquemment des problèmes d'érection.
Certains médicaments peuvent provoquer des effets similaires : bétabloquants, antidépresseurs, neuroleptiques…
L'alcool, souvent considéré comme un désinhibiteur à petites doses, devient en cas d'intoxication chronique un facteur de troubles sexuels.

Stress, fatigue, maladies, naissance, intrusion des familles, préoccupations personnelles et financières, conflits non résolus, peurs issues de nos histoires familiales et de la morale, usure du temps… Nombreux sont les éléments qui viennent se mettre en travers du chemin vers le désir.

36,3 %
des femmes en 2009
disent avoir souvent ou parfois
des difficultés à atteindre l'orgasme

16,8 %
des hommes en 2009
disent avoir souvent ou parfois
une difficulté à obtenir une érection

72 %
d’augmentation
des troubles du désir
entre 1974 et 1982